Umberto Roberto, Rome face aux Barbares. Extrait.

Umberto Roberto, Rome face aux barbares, traduit de l'italien par Yann Rivière, Seuil, broché, 448 pages, 24 €.  

Les derniers siècles de l'Empire romain d'Occident furent marqués par les mises à sac de Rome par les peuples barbares. La relecture des sources et les trouvailles de l'archéologie permettent de retracer la succession des événements et la façon dont les Romains y faisaient face, tandis que les provinces s'effondraient et que l'influence de l'Eglise chrétienne s'accentuait.

Extrait : « Un sac manqué : le pape Léon le Grand sauve Rome.

Aetius est persuadé que la défaite des Champs Catalauniques a gravement affaibli Attila. Il se trompe. Au cours de l’été 452, Les Huns reprennent l’offensive, en décidant cette fois de se tourner vers l’Italie. Après avoir franchi les Alpes, Attila travers la plaine du Pô sans rencontrer de résistance : Aetius ne s’attenait pas à une telle manœuvre et il ne dispose d’aucune armée pour faire face à l’incursion. Les Huns ravagent tout sur leur passage : campagnes, villages, villes. Aquilée est prise et détruite. Pavie et Milan sont pillées à leur tour.

L’avancé d’Attila dans la péninsule semble inexorable. Aetius et Valentinien envisagent de fuir en Gaule. Mais bientôt les Huns sont freinés dans leur élan. L’hiver 450-451 a été particulièrement rude en Italie. Les villes et les campagnes ont souffert terriblement. La faim a contraint les familles les plus pauvres à vendre comme esclaves leurs enfants. Dans les régions dévastées par les Huns en ce printemps 452 sévissent partout la famine et les épidémies, deux fléaux qui ne tardent pas à se retourner contre les envahisseurs eux-mêmes. La situation force Attila à accélérer ses plans et à engager au plus vite la conquête de Rome. C’est alors qu’une ambassade romaine parvient au campement des Huns sur les bords du lac Mincio (au sud du lac de Garde). Elle est constituée du pape Léon lui-même et de deux sénateurs du plus haut rang – l’ancien préfet Trygétius, l’artisan de la paix avec Genséric en 435, et l’ancien consul Gennadius Avienus, lié à la puissante famille des Anicii. Ils se présentent au nom du prince Valentinien III, au nom du Sénat et du peuple romain. La formule employée montre que Rome a retrouvé son prestige d’antan avec le retour du prince sur le Palatin ; elle évoque en effet l’ancien dispositif entre le prince, le Sénat et le peuple, qui est au fondement  du régime impérial lui-même.

L’ambassade est accueillie avec tous les honneurs qui lui sont dus. Elle présente à Attila sa seule requête : le roi doit renoncer à prendre Rome. Particulièrement impressionné par la présence du pape parmi les ambassadeurs, il se laisse convaincre. Paul Diacre rapporte l’anecdote suivante : lorsque son entourage lui a demandé pourquoi il s’est aussi facilement laissé convaincre par le pape, Attila aurait répondu qu’il avait été effrayé par la vision d’un ange qui se tenait aux côtés de Léon, l’épée dégainée, tout au long des pourparlers. On ne sait rien des arguments employés par Léon et par les deux sénateurs. Ils ont su, sans aucun doute, faire preuve d’une grande habileté. Mais le roi des Huns ne s’est pas seulement laissé persuader par l’éloquence des ambassadeurs. Il sait que son armée est elle-même exposée sur le sol italien aux souffrances qu’elle a contribué à aggraver : la famine et les épidémies. De plus, Attila est préoccupé par les nouvelles qui lui parviennent de son royaume. L’empereur d’Orient, Marcien, a décidé d’entrer en guerre contre les Huns. Une armée romaine a franchi la frontière danubienne qui sépare les deux Empires et dévaste déjà les régions de la rive gauche. Le moment n’est pas propice pour entreprendre une marche sur Rome, alors même que le cœur du royaume est menacé.

Le choix d’Attila pourrait également s’expliquer, de manière moins rationnelle, à la lumière du témoignage de Jordanès : les conseillers auraient persuadé le roi de ne pas tenter l’aventure en lui rappelant l’issue du sac d’Alaric. Certes, le roi des Goths est parvenu à prendre Rome, mais il est mort quelques mois après seulement. Les Goths ont subi ensuite de nombreuses humiliations avant de connaître la paix. La prise de Rome semble donc avoir entraîné pour Alaric et les siens une série de désastres et de deuils. Le souvenir encombrant de ces évènements passés circule donc parmi les hommes d’Attila qui craignent pour leur roi. Attila renonce à ses plans, en jurant toutefois de revenir en Italie dès l’année suivante. Il exige toujours en effet qu’Honoria lui soit livrée en même temps que sa dot, sans quoi il portera de nouveau le fer et le feu dans l’empire. Mai Honoria a épousé entretemps le sénatur Flavius Bassus Herculanus, qui vient de revêtir le consulat en 452. De son côté Attila n’a pas l’occasion de mettre ses menaces à exécution. Au début de l’année 453, il se marie pour la troisième fois et meurt la nuit même des noces. Ardaric, le roi des Gépides, profite de disputes entre les enfants d’Attila pour la succession : il conduit une coalition d’insurgés d’origine germanique qui s’affranchissent du joug imposé par les Huns lors d’une sanglante bataille, à proximité du fleuve Nedao (454 ou 455). En l’espace de quelques mois, l’empire des Huns disparaît. » p. 157-159.

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