Nouveautés de l'été 2015 : choix des libraires et extraits

Consultez notre galerie Pinterest de toutes les nouveautés reçues en juillet-août 2015

 

 

Les favoris de Mélanie Mougin :

 

Pierre Schneider, Les éléphants de guerre dans l’Antiquité. IVe-Ier siècles avant J.-C., LEMME edit, coll. Illustoria, broché, 107 pages, 17,90 €.

 

L'auteur retrace les grandes étapes de l'entrée des éléphants dans l'histoire militaire de la Méditerranée antique, en particulier les expéditions de chasse aux éléphants le long de la mer Rouge organisées par Ptolémée, et l'exploitation de l'image de l'éléphant à des fins de propagande.

 

Extrait : « Les éléphants éthiopiens pouvaient arriver en Égypte par la vallée du Nil, mais nous ne savons presque rien de ce circuit d’importation. Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur la prodigieuse entreprise conçue par Ptolémée II : l’approvisionnement direct à partir de bases de chasse installées sur le littoral de la mer Rouge ; le transport par mer jusqu’à un port égyptien ; la traversée du désert oriental par les pistes jusqu’à la vallée du Nil. Une telle organisation était d’autant plus nécessaire que l’on ne pouvait compter sur les populations locales qui chassaient les éléphants pour les consommer : celles-ci ne paraissaient pas disposées, ou aptes à capturer des éléphants vivants. Tout ceci nécessita donc des moyens considérables en matériel, en argent et en hommes (soldats, chasseurs, charpentiers, etc., sans oublier les indispensables experts indiens).

Ces bases étaient des installations permanentes, parfois situées au contact des populations locales, d’où les chasseurs partaient à la recherche des animaux. Les unes portaient les noms des rois et reine de la dynastie (Bérénice, Arsinoé, Ptolémaïs), d’autres celui du fondateur […]. La première fut fondée en 270 av. J.-C. : un certain Satyros, chargé par Ptolémée II de rechercher des éléphants en Troglodytique, fonda la station nommée Philotera. » p.53.

 

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Monique Trédé-Boulmer, Kairos. L'à propos et l'occasion. Le mot et la notion, d’Homère à la fin du IVe siècle avant J.-C., Les Belles Lettres, coll. Études anciennes, 368 pages, 45€.

 

Le mot grec kairos désigne à l'époque d’Homère un lieu névralgique du corps, un point critique. Comment en est-il venu à signifier bientôt l’occasion, et, en grec moderne, le temps ? Quand, dans la Grèce du Ve siècle avant J.-C., naissent les sciences humaines — médecine, politique, rhétorique —, elles cherchent à élaborer un art de la prévision et du pronostic et voient dans la maîtrise du kairos la clé du succès. Par quelles voies médecins et orateurs tentent-ils de capturer ce kairos multiforme et insaisissable ? Telles sont quelques-unes des questions à l’origine de cette étude.

 

Extrait : « Parallèlement à cette évolution la définition temporelle du mot se fait de plus en plus fréquente : kairos est l’heure critique et décisive qui ne va pas sans risques mais peut se révéler l’occasion favorable ; la notion gagne peu à peu en précision mais perd en extension. Cette nouvelle puissance du kairos est bientôt — conformément à un enchaî­nement qui n’est paradoxal qu’en apparence — consacrée par la religion. Dans  le dernier tiers du Ve siècle le poète Ion de Chios compose un hymne en l’hon­neur du nouveau dieu, Kairos, dont il fait le plus jeune fils de Zeus.

Les témoignages archéologiques concernant ce Kairos divinisé sont rares. Les fouilles de Vélia ont cependant fourni les preuves épigraphiques d’un Kairos olympien (Καιρὸς Ὀλύμπιος) du Ve siècle av. J.-C., associé aux dieux protecteurs de la navigation, Poseidon Asphaleios, Zeus Ourios et Pompaios. M. Guarducci, qui a présenté ces documents en 1966, dans un article intitulé « Divinita Fauste nell’ antica Velia », n’a pas su, à notre avis, dégager la signification de kairos dans ce contexte. Elle met en effet le cippe de Vélia dédié à Kairos en rapport avec les propos de Pausanias qui, dans sa description du sanctuaire de Zeus à Olympie, mentionne deux autels situés à l’entrée du stade et dédiés, l’un à Hermès Enago­nios, l’autre à Kairos, pour conclure de ce fait à l’existence d’un culte du Kairos d’Olympie à Vélia, preuve, à ses yeux, de liens étroits entre Vélia et Olympie. Quant aux trois autres dédicaces aux dieux de la navigation que sont « Poseidon qui donne la sécurité », « Zeus des brises favorables » et « dieu de la bonne tra­versée », M. Guarducci les justifie, comme il est naturel, par l’activité maritime de la Vélia antique. L’auteur aurait, selon nous, dû joindre Kairos à ces trois autres dieux. Car kairos est essentiel à l’art du pilote de navire comme le rappellent volontiers Platon et Aristote ; et Thucydide déjà remarque : πολλὰ τὰ καίρια δεῖ ἐν τῆ θαλάσσῃ συμβῆναι (IV, 10, 4). G. Pugliese Carratelli a d’ailleurs mon­tré dès 1970 que le tour Καιρὸς Ὀλύμπιος a toutes chances de signifier Kairos l’olympien et non Kairos d’Olympie, comme le voudrait M. Guarducci. Kairos est donc sans conteste à Vélia le dieu des marins au même titre que Poseidon, Zeus Ourios et Pompaios ; ce qui ne l’empêche nullement d’être à Olympie le dieu des athlètes ou des auriges. Dieu de l’action humaine efficace, Kairos préside à la navigation comme à la cuisine 18 et à bien d’autres arts. » (p. 151-152)

 

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Flann O'Brien, Romans et chroniques dublinoises. Swim-two-Birds – Le Troisième Policier – La Chienlit – Le Pleure-Misère – L'Archiviste de Dublin – Best of Myles – Le Frangin, préface par Patrick Reumaux, Les Belles Lettres, broché, 826 pages, 35€. 

 

Flann O'Brien (1911-1966) partage avec Joyce le trône de malt de la littérature irlandaise. Son œuvre est aujourd'hui presque intégralement traduite en français. Les Belles Lettres proposent depuis fin août 2015 l’édition complète de ses romans, parmi les plus fous qui aient jamais été écrits en aucune langue. 

 

Extrait : « J’ai reçu de nombreuses lettres m’invitant à devenir membre de l’Association des écrivains, acteurs, artistes et musiciens irlandais, et à donner une partie de mon argent aux personnes qui dirigent cette société. Je suis également convié à une réunion qui se tiendra dimanche prochain au Jury’s Hotel. On ne m’y verra pas ; je ne veux rien avoir à faire avec ces gens.

Durant l’une des réunions préliminaires de cette organisation, j’ai acheté quelques romanciers mineurs, cinq shillings par tête, que j’ai persuadés de me proposer à la présidence. Sur quoi je me suis levé et j’ai déclaré que si tel était le souhait unanime de la société, etc., bien indigne de, etc., insigne honneur, etc., ferai de mon mieux, etc., les candidats précédents, etc., de si humbles talents peuvent être de quelque utilité, etc., ravi de mettre ma connaissance du monde littéraire à la disposition de, etc., indubitablement besoin d’une organisation, etc.

À ma grande surprise, au lieu d’accueillir mon offre par de longs et sonores applaudissements, ces minables intellectuels se sont farouchement scindés en petits groupes et mis à chuchoter tous ensemble dans le plus grand émoi. De mon siège, sans me départir d’un détachement tout homérique, j’entendais distinctement des bouts de conversation du style « toujours un coup dans le nez », « escroc littéraire », « donnera d’argent à personne », « dans le Stubbs toutes les semaines », « court après la femme d’un député », « va filer avec les fonds de l’Association », « toujours fourré à Paris », « vendrait sa mère pour six pence », « se remplit la panse de cognac alors que ses pauvres enfants n’ont rien à se mettre », « cité en justice pour avoir installé une fenêtre en verre à Santry », « je plains sa femme, la malheureuse », « la moitié de ses trucs sont piqués chez les autres », « se moque de nous derrière notre dos », « utilisera le nom de l’Association », « que penseraient les gens », « attirerait l’attention de la police », « qui lui a demandé de venir », « je crois qu’il est né à Manchester », « sûrement un petit malin », « calculateur né » ; et ainsi de suite, à mon grand regret. » (p. 611)

 

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Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

Jean-Pierre Bois, La Fayette, Perrin, broché, 488 pages, 24 €. 

 

La biographie mouvementée, d'un siècle à l'autre, d'un citoyen du monde dont le nom est tout un programme. La Fayette, le voici, nageur entre deux rives.

 

Extrait : « Le plus brillant des nouveaux acteurs de la liberté, La Fayette, est aussi passé brutalement de l’enfance à l’âge adulte devenu homme public, investi de responsabilités par son simple nom. Sans doute, il n’exerce pas de fonction politique, ni diplomatique, ni de cour, il n’est qu’un militaire, en même temps qu’une sorte de représentant officiellement officieux des Etats-Unis en France. Mais ce jeune homme a déjà énormément accompli. Les Américains, qui lui vouent une reconnaissance à la hauteur de l’amitié qu’il partage avec Washington, ne s’y trompent pas. Les Français, peut-être parce qu’ils le connaissent mieux, sont plus divisés. La popularité de rue et les flatteries de Cour ne sont qu’une surface fragile. Aussi fragile que la gloire est toujours fugitive. S’il veut être à la hauteur de la position qu’il s’est donnée, La Fayette a encore beaucoup à faire au service de la cause qui semble être devenue la sienne, et le place en position ambigüe auprès de la monarchie. En réalité, dans cette période qui deviendra celle de la pré-Révolution, La Fayette est partout, parle un peu, se montre beaucoup, et donne l’image d’une agitation un peu brouillonne plutôt qu’ambitieuse, traduisant ainsi la difficulté pour un aristocrate très riche, sincèrement libéral et fondamentalement modéré de se faire porte-parole d’une idée républicaine, pour laquelle il a combattu, sans renier son ordre d’origine, sans se faire pamphlétaire, sans confondre la rue et la loi. Il y parvient parce qu’en ces années 1783-1789, être républicain signifie qu’on souhaite voir les gouvernements subordonner leur conduite à l’intérêt général – res publica -, ce qui peut être le fait d’une monarchie admettant le consentement à l’impôt et le principe de la représentation nationale. » (p. 85-86)

 

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La Geste des rois des Francs. Liber Historiae Francorum, texte latin édité par Bruno Krusch, traduction et commentaire de Stéphane Lebecq, Les Belles Lettres, coll. Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, broché, XCII - 288 pages, 45 €. 

 

Cette chronique latine composée au cours du VIIIe siècle est l'une des principales sources historiques franques. Elle couvre la période comprise entre le milieu du IVe siècle et la fin du VIe siècle, et exprime le point de vue des élites neustriennes restées longtemps fidèles aux rois mérovingiens, mais qui s'apprêtaient à se rallier aux Pippinides.

 

Extrait : « [14] En ce temps, Clovis avait dilaté les limites de son royaume jusqu’à la Seine. Et dans les temps qui suivirent, il occupa les territoires jusqu’à la Loire ; Aurélien reçut alors la forteresse de Melun, et l’autorité ducale sur toute la région alentour. C’est alors que Clotilde conçut de Clovis et mit au monde un fils. Elle voulut alors le consacrer par le baptême, mais comme le roi ne croyait pas encore au Seigneur Dieu, la reine lui prêchait tous les jours la bonne parole, et il refusait de l’entendre. Entretemps la reine prépare son fils au baptême, elle couvre l’église de voiles et de tentures, dans l’espoir d’amener le cœur du roi à croire. L’enfant fut baptisé, et, tout de blanc vêtu, fut appelé Ingomir. Mais, tandis qu’il était encore vêtu de blanc, il tomba malade et mourut. Le roi, qui en fut profondément affecté, rumina ses invectives et dit à la reine : « Si l’enfant avait été consacré au nom de mes dieux, il aurait alors vécu : mais comme il a été baptisé au nom de votre Dieu, il n’a pas pu vivre ». Ce à quoi la Reine répondit : « Je rends grâces à Dieu, qui ne m’a pas jugée indigne d’accueillir dans son royaume le premier enfant né de mon ventre. Et c’est pour cela que je n’éprouve nulle douleur dans mon cœur ». Sur ces entrefaites, elle conçut un autre fils, qu’elle fit baptiser sous le nom de Clodomir. Mais, comme lui aussi tomba malade, le roi dit : « Il ne peut arriver rien d’autre à cet enfant que ce qui est arrivé à son frère : baptisé au nom du Christ, il ne va pas tarder à mourir ». Mais, grâce aux prières de la reine et à la miséricorde du Seigneur, il retrouva la santé. La reine ne cessait de prêcher la bonne parole au roi, afin qu’il célèbre le culte du vrai Dieu et qu’il abandonne les vaines idoles dont il célébrait le culte. Mais elle ne parvenairt en aucune façon à amener son esprit à croire, jusqu’au jour où il s’engagea dans une guerre contre les Alamans et les Suèves, au cours de laquelle il fut bien forcé de confesser la foi qu’il avait jusqu’alors niée. » (p.43-45)

 

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Joël Thomas, Mythanalyse de la Rome antique, préface de Paul Veyne, Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes, broché, 288 pages, 27 €.

 

Dans cette nouvelle publication de la collection Vérité des Mythes, Joël Thomas, professeur émérite de Langue et Littérature latines à l’Université de Perpignan-via Domitia, propose une relecture de l'imaginaire antique à la lumière de l'anthropologie du XXIe siècle, à partir de l'exemple de deux oeuvres emblématiques : l’Enéide de Virgile et Les métamorphoses d'Ovide.

 

Extrait : « Mais on n’en reste pas là. Virgile ne s’est pas contenté de dire l’horreur de la guerre. Il a réfléchi, médité sur ce que pouvait signifier ce scandale dans l’ordre du cosmos. Il a cherché des explications à l’insoutenable, et il s’est rencontré là-dessus avec la pensée philosophique de son temps. Pour les philosophes de l’Antiquité, toute situation se définit d’abord comme le conflit de deux attracteurs antagonistes, étant entendu que, dans un second temps, cette dualité qui arme le système du monde va être dépassée dans un réseau relationnel. Ainsi, Empédocle disait que le monde était mû par deux principes, la haine, neikos, et l’amour, philia. Dans cette optique-là, la guerre est alors, comme dans la Bhagavad Gîta de l’hindouisme, une métaphore de la vie ; elle pose le principe d’une « logique d’antagonismes » qui régit le monde et ses dynamismes organisateurs.

Virgile reprend ces théories à son compte. Elles lui permettent d’expliquer l’inacceptable, et de trouver une forme de réconfort, tant pour ce qui touche les affres de sa vie personnelle que pour celles de la cité. Mais, de façon plus positive, ces théories, et particulièrement la pensée présocratique et pythagoricienne, qui font de la guerre un principe du cosmos, une métaphore de la vie, l’intéressent parce que, dans leur extension à l’échelle de l’individu, elles permettent une interprétation initiatique du parcours de chacun : l’homme en route, le voyageur, le proficiens stoïcien ne peut se construire que dans une logique d’antagonismes et de complémentarité entre la guerre et l’amour, bien présent aussi dans l’Enéide, en particulier à travers le personnage de Vénus. Si l’un des constituants est absent, la polarisation, la tension disparaît, la quête est impossible. Pour ces écoles de philosophes, le désordre de la guerre a un sens dans l’économie complexe du monde. » (p. 65-66)

 

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