Mona Ozouf, Varennes, extrait + galerie Pinterest Révolution

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Mona Ozouf, Varennes. La mort de la royauté (21 juin 1791), Gallimard, coll. Folio Histoire, broché, 608 pages, 10,20 €.

 

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants fuient à Varennes. Le roi compte sur ses troupes pour renverser l'Assemblée constituante, mettre fin à la Révolution et restaurer ses prérogatives de souverain absolu. Or, ce voyage aura pour conséquence le divorce entre la royauté et la nation. M. Ozouf reconstitue cette histoire et en éclaire les zones obscures.

 

Extrait : « Quand s’ébranle à Varennes la berline du retour, ses occupants, on l’imagine, ont à l’esprit, plus vives et bien plus douloureuses qu’à l’aller, les images de ce qu’ils viennent d’échouer à fuir. Ce qu’ils souhaitaient avant tout laisser derrière eux ? Des lieux, ces Tuileries où on les avait ramenés de force par une journée terrible, où on les reconduisait à nouveau. C’était un château des vents, cette demeure, humide et sévère, où tout sentait la ruine et l’abandon. Voilà cent ans qu’on ne l’avait pas habitée, et bien qu’elle eût toujours grand air, et donc digne, selon le comte de Fernan Nunez, de faire un séjour magnifique, rien n’y était commode, une lumière de grotte tombait des petits vitraux plombés qui dataient des Médicis, on grelottait dans les immenses appartements nus, à peine adoucis par les tapisseries. Peu de meubles, il a fallu le premier soir dresser en hâte des lits de sangles. Pas de glaces, on a dû le premier matin installer un petit miroir sur la toilette du roi pour qu’il puisse « s’arranger ». Le dauphin, qui trouvait tout bien laid, et se plaignait, s’était vu rabrouer par sa mère : Louis XIV ne s’était-il pas accommodé des lieux ?

Sur ce campement déprimant flottait le souvenir des circonstances tragiques qui avaient contraint les fugitifs à en faire leur logis. Le lendemain de l’arrivée, le 7 octobre, la reine rassurait Mercy-Argenteau : « Tout va bien, pour peu que nous oubliions où nous sommes et comment nous y sommes arrivés. » Le jour suivant, Mme Elisabeth disait tout sur ce que le palais évoquera jusqu’au bout pour la famille royale : « Nous avons quitté le berceau de notre enfance ! Que dis-je, quitté ! On nous a arrachés ! Quelle route ! Quelles affreuses images ! Ce qu’il y a de certain, c’est que nous sommes prisonniers ici ; mon frère ne le croit pas, mais le temps le lui apprendra. » (p. 61-62)

 

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