La Geste des rois des Francs. Extrait.

La Geste des rois des Francs. Liber Historiae Francorum, texte latin édité par Bruno Krusch, traduction et commentaire de Stéphane Lebecq,  Les Belles Lettres, coll. Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, broché, XCII - 288 pages, 45 €.

 

Rédigé en 727, le Liber Historiae Francorum est, avec les Dix livres d'histoires de Grégoire de Tours et la Chronique dite de Frédégaire, une des sources principales de l’histoire des Francs et de la royauté mérovingienne. Son auteur l’a écrit dans la région du nord de la Gaule qu’on appelait alors Neustrie, moins vraisemblablement dans un monastère qu’à l’ombre du palais royal. 

 

« [10] De la demande faite au roi Clovis par un évêque qui voulait qu’il lui restitue un vase ; et comment les Thuringiens vaincus furent soumis au paiement d’un tribut.

En ce temps-là de nombreuses églises furent pillées par l’armée de Clovis, qui, alors, était encore un païen fanatique. D’une de ces églises, ses guerriers emportèrent un beau vase d’une taille étonnante avec beaucoup d’autres objets servant au culte de l’église. L’évêque de cette église envoya des messagers vers le roi pour le prier de bien vouloir lui restituer ce vase, à défaut de pouvoir lui rendre les autres vases de son église. Après les avoir écoutés, le roi dit aux messagers de l’évêque : « Suivez-nous jusqu’à la cité de Soissons, où tout ce qui a été saisi doit être partagé ; et quand ce vase m’aura été donné en partage, je ferai ce que l’évêque me demande ». Quand il arriva dans la cité de Soissons, le roi demanda que tout le butin qui avait été saisi soit disposé au milieu [de la troupe], et il déclara : « Je vous prie, ô très puissants et très nobles guerriers, de ne pas vous opposer à ce que ce vase me soit attribué ». Quand le roi eut dit cela, ceux des Francs qui étaient sains d’esprit répondirent : « Tout ce que tu vois, glorieux roi, est à toi, et nous sommes soumis à ton pouvoir. Fais ce que bon te semble, et nul n’osera résister à ton autorité ». Quand ils eurent prononcé ces bonnes paroles, un Franc à l’esprit léger leva en vociférant sa hache bipenne qu’on appelle francisque, il frappa le vase, et s’écria : « Roi, tu ne recevras rien que le sort ne t’ait vraiment attribué ». Devant la stupéfaction générale, le roi ravala l’affront qu’il venait de subir, il rendit le vase à l’envoyé de l’évêque, et il garda sa colère tapie au fond du coeur. Quand une année se fut écoulée, le roi Clovis convoqua toute son armée sur le champ de Mars pour l’inspection des armes, de façon à vérifier la bonne tenue de ces armes. Tandis que le roi faisait le tour de l’ensemble de l’armée, il en arriva à l’homme qui avait frappé le vase, et il lui dit : « Personne n’a d’arme aussi négligée et aussi sale que toi, car ni ton bouclier, ni ta lance, ni ta hache bipenne ne sont en état de servir ». Et le roi lui prit sa francisque, c’est-à-dire sa hache bipenne, et la jeta à terre. Et tandis que l’homme se baissait pour la ramasser, aussitôt le roi leva les mains, lui planta sa propre francisque dans la tête, et déclara : « Voilà ce que l’année dernière tu as fait au vase en la cité de Soissons ». L’homme étant mort, le roi ordonna au reste de l’armée de se disperser en paix et de rejoindre ses quartiers. Il résulta de cet événement qu’un fort sentiment de crainte et de terreur gagna le peuple des Francs. Puis, dans la dixième année de son règne, Clovis mobilisa un grand ost de Francs, il partit en Thuringe, et il frappa un grand coup sur les Thuringiens ; leur peuple ayant été vaincu et toute leur terre dévastée, il les soumit en leur imposant un tribut. » p.27-31.

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