Catherine Wolff, L'éducation dans le monde romain, extrait

Catherine Wolff, L’éducation dans le monde romain, Picard, broché, 2015, 280 pages, 39 €.

 

Si de nombreuses études ont paru sur l’organisation du système scolaire à l’intérieur des différentes provinces du monde romain, les matières enseignées, les professeurs ou encore la rhétorique, il était temps d’offrir une synthèse de ces recherches et de présenter les principales avancées concernant l’éducation dans le monde romain. Catherine Wolff, professeur à l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, y privilégie le temps long : du début de l’époque républicaine à la mort de Commode en 192 après Jésus-Christ. Nous vous proposons un extrait de cette nouveauté sortie il y a quelques jours seulement.

 

Extrait : « Par le moyen de l’éducation, les Anciens cherchent à recréer et reproduire la société telle qu’elle existe, avec en particulier sa hiérarchie sociale, politique et économique. Il faut que les dirigeants y apprennent à diriger. Les autres, ceux qui n’y ont pas ou peu accès, sont dirigés. S’il y a à dire sur cette volonté, on ne peut leur reprocher d’être parvenus à leurs fins et à l’éducation d’être un excellent instrument. Mécène en a bien conscience dans le discours que Dion Cassius lui fait adresser à Auguste. A propos des sénateurs et des chevaliers, il conseille à ce dernier de veiller à ce qu’ils aillent à l’école dès leur enfance. Pour lui en effet, outre qu’une telle éducation a le mérite de fournir au pouvoir des gens compétents, c’est aussi un gage de stabilité sociale, car les gens qui ont reçu une bonne éducation ne songent jamais à mal agir et à nuire à celui qui a pris le soin de les éduquer. Et si par extraordinaire une telle action se produisait, personne parmi les sénateurs et les chevaliers ne blâmerait Auguste de châtier le coupable, parce que tous penseraient que c’est à juste titre. Ce sont les gens grossiers et sans éducation dont il faut se méfier, parce qu’ils ne réfléchissent pas et que l’on peut les pousser à faire n’importe quoi. Il y a en plus chez Mécène la volonté d’enlever l’éducation aux familles. Les enfants des sénateurs et des chevaliers ne pourront ainsi pas devenir semblables à leur père, ils se ressembleront entre eux, parce qu’ils ont reçu la même éducation.

Plutôt que sur l’immobilisme du système, il faut insister sur sa capacité à évoluer. Entre l’éducation donnée par Caton le Censeur à son fils et l’éducation reçue par Marc Aurèle, il y a un monde. Peut-on cependant considérer qu’après les changements importants de l’époque républicaine, la situation se bloque sous l’Empire et que les seuls changements qui interviennent sont liés au déclin de l’art oratoire, avec le règne sans partage de la déclamation ? Il faut refuser, nous l’avons vu, cette idée de déclin de l’art oratoire. Il y a évolution, l’éloquence devient autre, elle n’a plus toujours le même objet, mais sa qualité ne baisse pas. Il semble bien aussi que les jeunes gens souhaitent des changements. A partir de l’époque flavienne, certains déplorent que les jeunes entrent dans la vie publique trop confiants et mal préparés, et Pline le Jeune s’élève encore contre les excès de son époque : il trouve que l’on permet à de trop jeunes gens de commencer à plaider. Or leur formation n’est pas suffisante, ils ne font en réalité que déclamer, en se croyant encore à l’école, et font preuve de peu de retenue et de respect. Ils ne souhaitent qu’une chose : se faire connaître. Eux, ou peut-être leurs parents, trouvent les études trop longues. A lire les discours d’Aelius Aristide, ceux de la partie orientale de l’Empire manifestent la même impatience : ils considèrent que l’enseignement est trop exigeant, et souhaitent des modifications que les sophistes sont bien obligés de faire. Les changements ne sont encore que minimes, mais ils existent. Le grec perd d’autre part du terrain, alors que le latin en gagne en territoire hellénophone. Il est sûr d’autre part que, ainsi du reste que le préconisait Mécène, l’éducation se donne de plus en plus à l’extérieur, auprès de professeurs qui tiennent des écoles, alors qu’à l’époque républicaine il y avait une préférence pour l’enseignement à domicile, par l’intermédiaire de professeurs privés. Mais il faut se garder de généraliser. Les écoles existent déjà à l’époque républicaine, l’enseignement à domicile n’a pas disparu sous l’Empire, tout est fonction du lieu où l’on se trouve, des opportunités qu’il offre, des moyens de la famille, du niveau de l’enseignement et du sexe de l’élève. » (p. 230-232)

 

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