Procope, Histoire des Goths. Extraits.

Procope de Césarée, Histoire des Goths, édité et traduit par Denis Roques et Janick Auberger, Les Belles Lettres, coll. Roue à Livres, 2 volumes brochés sous coffret, 880 pages, 45 €.

 

Les Guerres gothiques livrées au VIe siècle après J.-C. par l'empereur Justinien et mises à l’écrit par Procope de Césarée en quatre livres exigeaient une traduction et un commentaire nouveaux, d’autant plus que le regard traditionnel que les historiens portent sur les Goths s’est radicalement renouvelé depuis quelques décennies.

 

Extrait : « 1. Peu de temps après, les Goths voulurent endommager l’enceinte de Rome. Dans un premier temps ils envoyèrent de nuit un certain nombre d’hommes dans l’un des aqueducs dont ils avaient eux-mêmes, au début de la présente guerre, coupé l’alimentation en eau. 2. Ces hommes cherchaient, flambeaux et torches en mains, à entrer dans la cité par cette voie-là. Mais le hasard voulait qu’une voûte de cet aqueduc comportât, non loin de la poterne Pinciana, une espèce de trou. 3. C’est là, naturellement, que l’un des gardes vit la lueur des flambeaux. Il le signala à ses compagnons de garde, mais ceux-ci affirmèrent avoir vu un loup passer à proximité de cet endroit (4. il se trouvait en effet que, dans ce secteur, la maçonnerie de l’aqueduc ne dépassait pas la surface du sol, et par ailleurs dans l’esprit des gardes les yeux du loup étaient comparables à du feu). 5. Quand tous les Barbares qui avaient emprunté l’aqueduc furent arrivés au beau milieu de la cité, à l’endroit donc où, depuis des temps anciens, il existait une montée qui débouchait au cœur, je crois, du Palatin, ils tombèrent sur une maçonnerie qui ne leur permettait ni de poursuivre leur progression ni d’emprunter cette montée. 6. La maçonnerie en question avait été réalisée – effet d’une sorte de prescience – par Bélisaire au début du présent siège, comme je l’ai indiqué dans les livres précédents. 7. Aussi les Goths prélevèrent-ils dans la maçonnerie un moellon de petite taille et décidèrent-ils de s’en retourner immédiatement, puis, une fois revenus auprès de Vitigès, ils lui montrèrent le moellon et lui relatèrent toute leur expédition. 8. Tandis qu’avec la noblesse gothique Vitigès réfléchissait à la réalisation de son insidieuse entreprise, tous les Romains qui montaient la garde près de la poterne Pinciana se remémorèrent entre eux, le lendemain, l’histoire du soi-disant loup. 9. Et quand, à force d’être colportée, l’anecdote parvint à Bélisaire, le général, loin d’écouter le récit de cette affaire d’une oreille distraite, rassembla immédiatement un groupe de soldats choisis parmi les guerriers réputés de son armée, et leur enjoignit de descendre avec Diogène, un officier de sa garde personnelle, dans l’aqueduc, avec mission d’en inspecter en détail la totalité, et à grande vitesse. 10. Ceux-ci trouvèrent partout, dans l’aqueduc, les flambeaux de l’ennemi et tout ce qui avait coulé de ses torches, puis, après avoir examiné la maçonnerie à l’endroit où les Goths avaient prélevé leur moellon, ils effectuèrent leur rapport à Bélisaire. 11. Voilà précisément pourquoi Bélisaire mit l’aqueduc sous bonne garde, et pourquoi les Goths, une fois qu’ils l’eurent remarqué, renoncèrent à cette tentative-là.

12. Par la suite les Barbares préparèrent aussi une attaque à découvert contre l’enceinte. Ils guettèrent le moment du déjeuner puis, avec des échelles et du feu qu’ils apportaient avec eux, ils s’élancèrent, au moment où l’ennemi ne s’y attendait pas du tout, contre la poterne Pinciana, confiants qu’ils étaient de prendre la cité à l’improviste parce que très peu de soldats y avaient été laissés. 13. Le hasard voulut qu’à ce moment-là ce fût Ildiger et ses hommes qui assuraient la garde, car chacun y avait été préposé à tour de rôle. 14. Aussi, quand Ildiger eut vu l’ennemi attaquer en désordre, il alla à sa rencontre, et comme l’ennemi, loin d’être organisé pour combattre en bataille rangée, s’avançait dans une grande indiscipline, il mit en déroute sans coup férir tous ceux qui lui faisaient face et en tua un grand nombre. 15. Alors on poussa de grandes clameurs dans la cité qui connut, comme il est naturel, une très vive agitation : les Romains affluèrent aussi vite que possible dans tous les secteurs de l’enceinte tandis que les Barbares, qui n’avaient obtenu aucun résultat, opéraient sans tarder une retraite vers leurs camps. » p.173-175.

Commander ce livre

 

 

Autres ouvrages de Procope de Césarée parus aux Belles Lettres : 

Procope, Histoire secrète. Suivi de "Anekdota" par Ernest Renan, traduit et commenté par P. Maraval, préface d'A. Nadaud, Les Belles Lettres, coll. La roue à livres, broché, 1990 (3e tirage, 2009), 240 pages, 25,40 €.

 

 

Procope, La Guerre contre les Vandales. Guerres de Justinien (Livres III et IV), traduit et commenté par Denis Roques, préface de Philippe Muray, Les Belles Lettres, coll. La roue à livres, broché, 1990 (3e tirage, 2009), XVIII - 286 pages, 25,40 €.

 

 

Retour à l'accueil