NOUVEAUTÉS DE JUIN 2015 : CHOIX DES LIBRAIRES ET EXTRAITS.

Consultez notre galerie Pinterest de toutes les nouveautés reçues en juin 2015

 

Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

Enrico Fenzi, Pétrarque, traduit de l’italien par Gérard Marino, Les Belles Lettres, coll. Les Belles Lettres / essais, broché, 2015, 264 pages, 23,50 €.

Cette présentation générale de Pétrarque veut donner un tableau simple et cohérent de sa vie et de ses oeuvres, mais elle a aussi l'ambition de mettre fin à une vieille antinomie entre le plus grand intellectuel de son temps, « père » de l’humanisme européen, et le poète concentré exclusivement sur son expérience amoureuse.

Extrait : « La double partie que joue Pétrarque entre l’engagement politique et l’étude (ou si l’on préfère, la fuite dans l’étude) est en somme constitutive de son être, ce n’est pas un expédient occasionnel de sa survie. Et l’intellectuel qu’il représente sera alors témoin des événements qui le menacent mais aussi, et nécessairement, au milieu de ces événements, gardien de lui-même. Et c’est ainsi que Pétrarque, considéré communément comme le découvreur du moi lyrique au sens moderne, peut être vu, peut-être a plus juste titre, comme l’inventeur d’une sorte de moi politique ou plutôt d’une politique du moi – de la réalisation personnelle et des manières de l’atteindre au milieu des désastres du monde – qui croise nécessairement la politique véritable et affronte les mécanismes étrangers et inévitablement féroces du pouvoir. Cela implique la disparition de toute hypothèse organique de type médiéval – se référant toujours en dernière analyse a des horizons catégoriels universalistes – et au contraire l’émergence du problème du bonheur personnel sous son aspect strictement existentiel, intimement apolitique et souvent antipolitique : a l’extérieur de sa chambre, le monde du pouvoir lui apparaît comme une sorte de monstre avec lequel il convient d’apprendre a vivre et même de pactiser, mais en ayant clairement présent a l’esprit qu’il faudra le faire uniquement pour défendre l’espace de sa propre liberté et de sa propre autonomie. » p53-54.

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Hanna Dyâb, D’Alep à Paris. Les pérégrinations d’un jeune Syrien au temps de Louis XIV, récit traduit de l'arabe (Syrie) et annoté par Paule Fahmé-Thiéry, Bernard Heyberger et Jérôme Lentin, Sindbad/Actes Sud, coll. Bibliothèque arabe, broché, 464 pages, 28 €.

Conteur hors pair, Hanna Dyâb fut l’informateur d’Antoine Galland pour une douzaine de contes des Mille et Une Nuits, notamment Aladin et Ali Baba. Extrêmement vivant, son récit relate rencontres et conversations, déplacements en caravane, tempêtes et attaques de corsaires en mer. Il décrit précisément l’horloge astronomique de l’église Saint-Jean à Lyon, la vie sur les galères, le Grand Hiver de 1709, le supplice de la roue ou une représentation d’Atys de Lully à l’Opéra. Il entrecoupe son récit d’histoires plus ou moins légendaires, inspirées de vies de saints, de contes populaires, de faits divers.

Extrait : « Lorsque nous fûmes à proximité de l’île de Malte, le capitaine aperçut un bâtiment au loin. Il craignit qu’il ne s’agisse de corsaires anglais ayant rallié le port de Malte. Nous restâmes donc ancrés dix jours au large, par crainte des corsaires. Puis notre capitaine fut informé que ce navire était parti de côté de l’Orient, et que la mer avait été nettoyée des corsaires. Il décida donc de reprendre le voyage. Nous sortîmes de Malte nuitamment, le vent nous était favorable. Lorsque le jour se leva, nous vîmes, nous faisant face, un navire de combat équipé de quarante canons. Le nôtre n’en avait que vingt.

Les deux navires s’apprêtèrent au combat, puis se mirent à échanger des tirs. Je descendis alors dans la cale avec ma famille. Nous étions terrorisés, en particulier ma femme et ses enfants. Imaginez une femme prise dans un combat comme celui-là ! Nous nous crûment perdus : la mère se mit à pleurer ses enfants et les enfants leur mère. Pour la part, j’étais comme un homme qui aurait perdu sens et conscience. Lorsque le capitaine constata que notre navire ne se rendait pas, il se mit à canonner en tirant droit sur nous. Il y eut de nombreux tués et blessés à notre bord. L’un de nos mâts de brisa et se retrouva inutilisable. Notre capitaine n’avait plus aucun moyen de résister au bâtiment ennemi. Il se rendit donc à ces combattants qui finirent par nous prendre et nous emmener à Livourne, où ils nous débarquèrent et nous jetèrent au lazaret. Ils saisirent tous nos biens, n’épargnant que le coffre de mon épouse. Ils n’y touchèrent pas vu qu’il appartenait à une femme. Ils lui firent miséricorde, et le lui restituèrent. » p.206-207.

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Xénophon, Mémorables, traduit du grec et présenté par Louis-André Dorion, Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées, broché, 208 pages, 15 €.

Ces « Mémorables » de Xénophon sont une collection d'entretiens entre Socrate et différents interlocuteurs sur des sujets très variés (politique, art du commandement, économie domestique, finances publiques, famille, amitié, esthétique, théologie, ascèse, etc.). Le principal intérêt des Mémorables est que Xénophon y brosse le portrait d’un Socrate « alternatif », c’est-à-dire d’un Socrate qui diffère considérablement, sur le plan philosophique, du Socrate auquel les dialogues de Platon nous ont habitué.

Extrait : « Ayant vu l’un de ses compagnons négliger un ami pressé par le besoin, il interrogea Antisthène en présence de celui-là même qui se montrait négligent et de nombreuses autres personnes. 5.2. « Antisthène, demanda-t-il, y a-t-il un prix pour les amis, comme il y en a un pour les esclaves ? Parmi les esclaves, en effet, l’un vaut bien deux mines, un autre pas même une demi-mine, celui-ci vaut cinq mines, celui-là jusqu’à dix. On dit que Nicias13, le fils de Nicératos, a déboursé un talent pour un esclave chargé de surveiller ses mines d’argent. C’est donc cela que j’examine, poursuivit-il, à savoir si les amis ont une valeur marchande, comme les esclaves. 5.3. — Bien sûr, par Zeus, répondit Antisthène. Pour ma part, en tout cas, je préférerais qu’un tel devienne mon ami plutôt que d’avoir deux mines, mais tel autre je ne l’estimerais même pas à une demi-mine, tandis que je donnerais jusqu’à dix mines pour celui-ci et que je consacrerais toutes mes richesses et tous mes efforts à faire de celui-là mon ami. 5.4. — Eh bien, répondit Socrate, s’il en est ainsi, chacun ferait bien d’examiner lui-même quel est le prix qu’il se trouve avoir aux yeux de ses amis, et de s’appliquer à acquérir la plus grande valeur possible, afin que ses amis soient moins tentés de l’abandonner. » p. 84.

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Les favoris de Mélanie Mougin :

 

Strabon, Géographie. Tome XIV: Livre XVII, 1ere partie, (L'Égypte et L'Éthiopie nilotique), texte établi et traduit par Benoît Laudenbach, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série grecque, broché, CX - 512 pages, 55 €.


Dernier volume de la Géographie de Strabon, ce livre offre une description des pays traversés par le Nil, c'est-à-dire l'Egypte et l'Ethiopie ainsi que la Libye, essentiellement la côte de l'Afrique du Nord jusqu'au golfe Emporique et son arrière-pays.

Extrait : « Comme les premiers rois d’Égypte, satisfaits de ce qu’ils avaient et n’ayant guère besoin d’objets importés, se défiaient de tous les navigateurs, et particulièrement des Grecs — qui pillaient et convoitaient la terre d’autrui parce qu’ils en manquaient —, ils installèrent une garde à cet endroit avec l’ordre de repousser les intrus. Comme lieu de résidence, ils leur assignèrent ce que l’on appelle Rhakôtis, qui est désormais un quartier d’Alexandrie situé au-dessus des Arsenaux mais qui n’était à l’époque qu’un village, et ils octroyèrent les environs du village à des bouviers qui étaient capables, de leur côté aussi, d’empêcher les incursions de l’extérieur. Lorsqu’Alexandre, à son arrivée, vit les avantages naturels du site, il décida de fortifier la ville sur le port. Comme signe de la bonne fortune qui accompagna la ville par la suite, on raconte cette anecdote qui se produisit au moment où l’on en traçait les fondations : les architectes étaient en train de marquer avec de la craie le contour de l’enceinte quand la craie vint à manquer au moment où arriva le roi ; ses intendants leur fournirent alors une partie de la farine prévue pour les ouvriers, grâce à laquelle on put même découper la surface en un réseau de rues assez dense ; ils auraient donc interprété ce phénomène comme un bon augure. » XVII, I, 6.

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P.G. Wodehouse, Cocktail Time, traduit de l'anglais par Anne-Marie Bouloch, Les Belles Lettres, coll. Domaine étranger, broché, 296 pages, 13,90 €.

Extrait : « Quand Lord Ickenham entra dans la pièce, chacun des poils de ses sourcils levés exprimait la compassion. Bien des hommes à sa place se fussent dit à eux-mêmes : « Mon Dieu, encore un crapaud sous la herse ! » et se fussent hâtés de disparaître pour éviter d’avoir à entendre la malheureuse histoire que de tels crapauds ont toujours envie de raconter, mais l’altruiste pair ne songea même pas à adopter une telle attitude. Il avait le coeur grand et, quand il voyait un crapaud, non seulement sous la herse, mais souffrant, apparemment des effets d’une de ces explosions de gaz si meurtrières de nos jours, il ne se souvenait pas brusquement qu’il avait rendez-vous ailleurs, mais se préparait à faire tout ce qui était en son pouvoir pour adoucir la détresse du malheureux.

– Beefy, s’écria-t-il. Mon pauvre vieux, que se passet- il donc ? Vous avez l’air d’une zone sinistrée.

Il fallut un petit moment à Sir Raymond pour lui narrer ce qui se passait, car il avait beaucoup à dire sur la vile noirceur de son neveu Cosmo et, également, un nombre non négligeable de remarques caustiques sur Oily Carlisle. Comme il concluait le récit de leur magouille, son auditoire, qui avait été suspendu à ses lèvres, claqua sa langue. Lord Ickenham était choqué de penser que l’humanité pouvait tomber aussi bas, et il s’en voulait d’avoir permis que ce nouveau développement le prît par surprise.

– Nous aurions dû prévoir quelque chose de ce genre, dit-il. Nous aurions dû nous dire que c’était de la folie que de placer notre confiance en quelqu’un comme le jeune Cosmo, qui est tellement tortueux que, comparés à lui, les tire-bouchons sont droits et les escaliers en spirales sont le plus court chemin d’un point à un autre. » p. 111-112.

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Véronique Dasen, Le sourire d'Omphale. Maternité et petite enfance dans l'Antiquité, Presses Universitaires de Rennes, coll. Histoire, broché, 360 pages, 22 €.

Cet ouvrage réunit un ensemble d'études en partie inédites sur la maternité, la naissance et la petite enfance dans le monde grec et romain. Une riche documentation, composée de différentes sources, écrites, iconographiques et archéologiques, jette un éclairage nouveau sur le statut de l'enfant à naître et du nouveau-né, ainsi que sur les pouvoirs que les femmes ont su s'aménager quand la vie et la mort se côtoient.

Extrait : « Les jumeaux de sexe différent posent aux astrologues et à leurs détracteurs un autre type de problème. Comment expliquer qu’un garçon et une fille soient produits sous l’influence d’un même ciel, et que leurs destins diffèrent ? Les astrologues y répondent en appliquant au thème les principes étables par les physiologistes, opposant les planètes masculines, chaudes et sèches aux planètes féminines, froides et humides, et associant l’hémisphère droit au soleil et au masculin, l’hémisphère gauche à la lune et au féminin. Comme leurs explications sont rétroactives, ils ont tout loisir de justifier le sexe de l’enfant en détaillant les planètes du thème.

Ptolémée prend en compte la position des luminaires, le soleil et la lune, ainsi que celle de l’ascendant selon l’hémisphère et le signe où ils se trouvent. Une prédominance de signes bicorporels, comme les poissons, le sagittaire ou les gémeaux, expliquent la naissance d jumeaux. Firmicus Maternus suit le même principe. Les jumeaux seront de sexe différent si le soleil, la lune et l’ascendant se trouvent dans des signes féminins et présentent entre eux des aspects. La naissance de triplés ou plus est due à la présence de la lune et de l’ascendant dans un signe double ou fertile, associés à Jupiter et à Mercure. Ptolémée ajoute un patronage divin : la naissance de trois garçons, assimilés aux Cabires ou Anactores, est due aux aspects de Saturne, Jupiter et Mars, de trois filles, comparées aux Charites, aux aspects de Vénus, la lune et Mercure. » p. 188.

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