Nigel G. Wilson, De Byzance à l'Italie. Extrait.

Nigel G. Wilson, De Byzance à l'Italie. L'enseignement du grec à la Renaissance, traduit de l'anglais par Henri Dominique Saffrey, Les Belles Lettres, coll. L’âne d’or, broché, 300 pages, 29 €.

 

Nigel Wilson fait remontera Pétrarque et à Boccace les premières tentatives pour lire le grec et montre les efforts du diplomate émigré byzantin Chrysoloras pour procurer une grammaire simplifiée en vue de son enseignement. Il présente les oeuvres de Leonardo Bruni et des autres premiers traducteurs comme Vittorino da Feltre, Guarino, Filelfo et Politien. Il suit le développement des études grecques à travers l'Italie. Il rassemble, grâce à la paléographie, de nombreux manuscrits grecs qui examinés, livrent une quantité de renseignements nouveaux. Il arrête sa recherche à l'année 1515, mort d'Alde Manuce, le grand éditeur des textes grecs à Venise, sans s'interdire de dépasser quelquefois cette limite.

 

Extrait : « Passons maintenant à l’un des plus importants traducteurs de cette période. Marsile Ficin commença à apprendre le grec en 1456 à l’âge de vingt-trois ans. Il bénéficia du patronage de Cosme de Médicis, qui lui reprochait d’avoir écrit un essai sur les doctrines de Platon en se basant sur les sources latines. Le jeune auteur reçut de Cosme et de l’humaniste confirmé Cristoforo Landino le conseil de ne rien publier sur ce sujet avant de pouvoir faire usage des sources dans la langue originale. Bien que les nombreux livres que Ficin a possédés et dont il s’est servi puissent être identifiés parmi les trésors de la Bibliothèque Laurentienne et de la Biblioteca Riccardiana à Florence, il n’est pas facile de suivre ses progrès comme étudiant. Le seul signe tangible de ses études est une copie de ce que l’on appelle les Hermeneumata Einsidlensia qui portent son ex-libris. Le texte présente une série de Colloquia suivie d’un petit lexique de mots classés par matières. Il pouvait tenir lieu d’un dictionnaire pour débutants ; il n’y avait encore aucun ouvrage standard de ce genre, et le lexique de Craston ne devint accessible que vers 1478 à un moment où la carrière de Ficin comme traducteur était déjà bien avancée.

Bientôt, il commença à faire ses expériences dans l’art de la traduction. Les textes choisis étaient pour la plupart peu connus et du point de vue linguistique tout sauf faciles : les Hymnes orphiques, les Argonautiques orphiques, les Hymnes de Proclus et la Théogonie d’Hésiode. Ficin eut soin de ne pas mettre ces travaux en circulation, de crainte que l’on puisse croire qu’il essayait de ressusciter le culte des anciens dieux et des démons. En 1462 Cosme lui donna un nombre de manuscrits grecs de sorte qu’il possédait ses propres exemplaires de Platon et de Plotin. À cette date, Cosme semble avoir utilisé une de ses propres villas à Careggi, juste hors de Florence, pour offrir l’hospitalité à Ficin et à son cercle, et l’année suivante eut lieu la fameuse donation d’une villa au même endroit, où Ficin put continuer son travail. Ce fut également l’année où il fut chargé de traduire Platon et Hermès Trismégiste. Bien que cela semble étrange au goût moderne, Cosme ordonna que le Corpus hermétique soit traduit en premier. Ce groupe de traités était une source pour la théologie et la magie de l’ancienne Égypte et pouvait être considéré comme la clef d’une sagesse bien plus tous fait le point sur la relative antiquité des deux cultures). Les traités hermétiques avaient l’avantage d’être transmis dans une langue plus accessible que l’ancien égyptien, les hiéroglyphes qui commandaient le respect et demeuraient un mystère. L’authenticité de ces textes n’avait pas encore été contestée. Si un exemplaire était tombé entre les mains de Valla, l’histoire aurait pu être différente, mais il faut remarquer que même Politien ne semble pas avoir mis en question la bizarrerie du style grec, lui qui, plus que quiconque Italien de son siècle, avait la sensibilité et la compétence linguistique pour en avoir le soupçon. » p.160-162.

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