La fin d'Anthémius.

Le 11 juillet 472, Anthémius, qui fut empereur romain d'Occident de 467 à 472, est assasiné suite au siège de Rome. Michel de Jaeghere nous raconte cet épisode.

 

Extrait : « A Rome, Anthémius a perdu son crédit. Il y mène une vie de « grand seigneur curieux et sceptique » qui lui aliène les autorités chrétiennes. Replié à Milan, Ricimer a cessé de prendre ses ordres auprès de « l’empereur grec ». Il dispose seul du soutien de l’armée d’Italie, cantonnée entre Milan et Pavie. Composée de mercenaires issus des débris de l’armée des Huns (Ruges, Torcilingues, Skires), elle ne compte guère plus que 6000 hommes.

Au-delà des Alpes, le patrice a nommé son neveu Gondebaus, fils du roi Gondioc, maître de la milice pour les Gaules. Anthémius a donné le même titre à un chef goth, Bilimer. Celui-ci ne commande que la garnison d’Arles.

A Toulouse, Euric a tourné le dos à la politique des ses prédécesseurs. Il n’ambitionne plus de s’imposer comme le protecteur de l’empire : il entend se constituer un royaume sur ses ruines. Peu désireux de s’ne tenir aux compétences de défense territoriale et au commandement de son seul peuple que lui affecte le traité qui le lie aux autorités romaines, il fait percevoir à son profit les impôts recueillis sur le territoire que contrôle son armée. Il fait publier, en outre, par des juristes gallo-romains, un code de lois destiné à régir son peuple dans lequel ne sont pas mentionnées le Novelles D’Arthémius. Refusant de continuer à donner aux années le nom des consuls, il en marque le comput en référence à son propre avènement. C’est proclamer, dans les faits, l’indépendance de son royaume.

Avec la complicité d’un certain nombre d’aristocrates gallo-romains qui désespèrent de jamais recevoir de secours de Ravenne et sont désormais acquis à l’idée qu’une franche collaboration avec les nouveaux maîtres leur permettra seule de maintenir leurs propres positions […], il a entrepris de réduire les dernières enclaves romaines imbriquées dans son territoire.

Encouragée par Anthémius, qui reste pourtant incapable de la soutenir par les armes, la contre-offensive est menée depuis les rives de la Loire par le comte Paul et les Bretons du roi Riothamus. Mais tandis que Riothamus franchit le fleuve et descend jusqu’à Bourges, dont les habitants lui ouvrent les portes, Paul doit défendre Angers contre les Saxons. Accouru avec une grande armée de Lusitanie, où les hostilités avaient repris entre Wisigoths et Suèves, Euric bat les Bretons près de Châteauroux. La comte Paul arrête un temps sa progression avec l’aide des Francs Saliens de Childéric, mais il est tué près d’Angers lors d’un combat contre les Saxons. Euric occupe dès lors Bourges et Tours sans que Gondioc, le maître de la milice burgonde, reçoive de Ricimer l’ordre d’intervenir. En 470, il s’empare du Berry ; l’année suivante il bat près d’Arles la petite armée recrutée à grand-peine par Anthémius parmi les Skires et les Hérules refoulés de Pannonie par les Goths de Valimir, et menée contre lui par Anthémiolus, le propre fils de l’empereur (printemps 471). Il remonte de là sur Avignon, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Valence. Repoussé de la vallée du Rhône par une contre-offensive des Burgondes, il laisse derrière lui des terres ravagées, qui condamnent les populations romaines à la famine […].

La défaite devant Arles, des dernières troupes fidèles à Anthémius sonne le glas du règne. Ricimer mobilise ses propres forces pour y mettre un terme. Il met le siège devant Rome, où Anthémius résiste avec l’appui de Sénat et de la population. Soucieux de se concilier Genséric, et de disposer d’un prétendant susceptible de rallier l’aristocratie romaine, Ricimer s’adresse à Olybrius. Issu d’une vieille lignée de sénateurs romains, époux de Placidia, il est à la fois le beau-frère du futur roi Hunéric et le gendre du dernier empereur de la dynastie théodosienne. Libéré par Genséric d’Afrique, il a rejoint Constantinople avec les princesses impériales. Il est en outre l’allié de nombre de ces grandes familles romaines qui n’ont accepté que du bout des lèvres l’élévation de l’ « empereur grec ». Désireux, lui aussi, de conclure une paix durable avec les Vandales après le désastre de Basiliscus et de se débarrasser, peut-être, d’un prétendant éventuel à la pourpre, Léon Ier donne son accord. Olybrius embarque pour l’Italie avec quelques troupes.  Dès son arrivée à Ostie, Ricimer le fait proclamer Auguste (avril 472) devant les murs de Rome. De Gaule, il fait venir, avec des renforts, le fils de son beau-frère Gondioc, son neveu Gondebaud, et le fait nommer maître de la milice « présent à la Cour ». Anthémius recrute de son côté le chef goth Vidimir, le frère cadet de Valamir et Thiudimir, venu de Pannonie chercher fortune en Italie. Une bataille oppose les deux armées en juillet, sous les murs de Rome. Vidimir y périt, et son fils, Vidimir le Jeune, passe à l’ennemi. Après deux mois de siège, épuisés par la famine et la peste, les Romains capitulent. La ville est investie pour la troisième fois en un siècle. Reconnu parmi les mendiants de la basilique Saint-Chrysogone, où il avait trouvé refuge, Anthémius est assasiné le 11 juillet 472. Il serait revenu à Gondebaud de tuer « l’empereur grec » de ses mains. » p. 458-461.

Michel de Jaeghere, Les Derniers Jours. La fin de l’empire romain d’Occident, Les Belles Lettres, broché avec rabats, 658 pages, 26,90 €.

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Sidoine Apollinaire prononça un panégyrique d'Anthémius le 1er janvier 468, qui lui valut d'être nommé préfet de Rome.

Sidoine Apollinaire, Tome I: Poèmes, texte établi et traduit par A. Loyen Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série latine, broché, 1961 (3e tirage 2008), L - 366 pages, 33,50 €.

 

 

 

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