Primi Visconti, Mémoires sur la cour de Louis XIV. Extrait.

Primi Visconti, Mémoires sur la cour de Louis XIV, introduction et notes de Jean-François Solnon, Perrin, coll. Tempus, broché, 284 pages, 8 €.

 

Galant, spirituel, perspicace, Jean-Baptiste Primi Visconti, Piémontais arrivé à Paris en 1673, est en somme devin. Il lit dans les cartes, tire les horoscopes, prédit la victoire des armées du roi ou le terme d'une grossesse de la reine. Il est aussi un observateur à nul autre pareil de la cour du Grand Roi. De Paris à Saint-Germain et à Versailles en pleins travaux, il y a beaucoup à voir et autant à raconter : le roi, sa famille et ses maîtresses, Colbert et Louvois, Turenne et Condé, l'affaire des Poisons dont Primi Visconti est le premier à relever l'aspect politique. C'est toute une époque qui passe sous son regard toujours incisif, souvent amusé. Moeurs, institutions, mentalités, campagnes militaires, intrigues mondaines, rien n'est oublié. Aussi, riches d'anecdotes, les Mémoires de cet étranger sont-elles un témoignage essentiel sur la première partie du règne de Louis XIV.

 

Extrait : « A quelques jours de là, le Roi reçut un envoyé qui savait à peine dire deux mots. Quand, après l’audience, celui-ci eut pris congé : « Est-il possible, dit le Roi, qu’on ait pu confier une mission pareille à un aussi sot personnage ? » Gramont, malgré la présence des ministres, répondit : « Sire, les choses se passent toujours ainsi ; il ne saurait y avoir d’emplois  que pour les parents des ministres. » Pomponne sauta au cou du comte et lui fit mille compliments pour avoir si bien et si à propos porté le coup. Le comte gardait une amère rancune contre les ministres, parce que Seignelay, qui aimait sa femme, était fils d’un ministre.

Alors que la comtesse, sa femme, était encore à Londres, il l’avait trouvée si facile, avant même qu’il ne l’eût épousée, qu’il la supposait encore plus facile pour les autres. La jalousie du comte avait été avivée par un certain Prégnani, Napolitain, théatin défroqué, qui, faisant métier de devin, avait obtenu de l’Electrice Adélaïde de changer sa résidence en Bavière pour une résidence en France, et qui, ensuite, était arrivé à avoir, sur sa recommandation, l’abbaye de Beaubec en Normandie. Comme il avait ses entrées à la Cour, il servait en même temps de médiateur entre la comtesse et son amant Seignelay, et de confident au comte, ce qui lui permettait de tromper tout le monde et de se faire des profits ; de mœurs très dissolues, il ne dédaignait point de trouver son plaisir auprès des filles ; aussi s’en alla-t-il mourir à Rome, pourri de maladies honteuses, en dépit de nombreux horoscopes qu’on trouva sur sa table  et par lesquels il se prédisait à lui-même  qu’il serait pape.

Ce fut par le comte de Gramont que je fis la connaissance de Mme d’Heudicourt, cette dame s’adonnait à l’astrologie ; plus tard, je lui indiquai Nigosanti comme le maître le plus habile. Elle avait épousé le grand veneur-louvetier du Roi ; aussi, comme elle avait la réputation d’être un peu facile, beaucoup l’appelaient la Grande-Louve. Je fus, par une autre voie, introduit chez Mme de Coëtquen. C’est là que je connus la duchesse de Sully, femme de beaucoup d’esprit, très simple, mais fort aimable et d’une beauté incomparable. On me donna à entendre que le marquis de Louvois lui faisait une cour passionnée.

Louvois n’était pas sans élégance, mais avec un certain air de valet de chambre, qui le poussait à une excessive recherche dans sa mise : il s’enfermait dans une chambre des journées entières avec le marquis de Villeroi pour savoir où un ruban irait le mieux sur son habit ; c’était là la plus belles qualité de son génie. De cette manière du reste, il était fort en vogue auprès des femmes, et il avait atteint ce résultat, bien qu’il ne sût ni écrire ni s’exprimer, ayant pris à ses gages un poète qui lui faisait des lettres d’amour assez bien tournées et dont les femmes rapportaient tout le mérite au marquis. » p.60-62.

COMMANDER CE LIVRE

 

Consultez notre bibliographie consacrée à l'Ancien Régime sur Pinterest

 

Retour à l'accueil