Kenneth Ch'en, Histoire du Bouddhisme en Chine. Extrait.

Kenneth Ch’en, Histoire du bouddhisme en Chine, traduction de l'anglais par Dominique Kych. Postface de Sylvie Hureau, Les Belles Lettres, broché, 592 pages, 35 €.

 

Le bouddhisme est une composante majeure des religions chinoises dont l'influence a rayonné dans toute l’Asie orientale.
Le livre de Kenneth Ch’en propose une histoire du bouddhisme en Chine des premiers siècles de notre ère aux premières années de la République populaire. Après avoir résumé les traits essentiels du bouddhisme indien et les principaux aspects de la pensée chinoise sous les Han, l’auteur retrace l’implantation et les débuts hésitants du bouddhisme. Il en raconte ensuite l’évolution, d’une phase d’acclimatation et de croissance entre le IIIe et le VIe siècle jusqu’à l’éclosion d’une véritable maturité aux VIIe et VIIIe siècles, suivie d’un lent déclin à partir du Xe.

 

Extrait : «La biographie du prince Ying.

 Il existe un autre faisceau de preuves qui atteste de l’existence du bouddhisme sous la dynastie Han avant le songe de l’empereur Ming ; elles se trouvent dans la biographie du prince Ying de Chu, qui était le demi-frère de l’empereur Ming. Il reçut le titre de duc en 39 et celui de prince en 41. Installé d’abord à Luoyang, la capitale, il alla ensuite vivre à Pengcheng, capitale de la principauté de Chu, au nord de l’actuel Jiangsu. En 65, l’empereur Ming fit paraître un édit autorisant les condamnés à mort à se racheter en acquittant une rançon en rouleaux de soie. Ying, vraisemblablement parce qu’il pensait avoir commis quelque faute et avait mauvaise conscience, profita de cette possibilité d’amnistie et fit don au trône de 30 rouleaux. L’empereur déclara qu’il ne jugeait pas que son demi-frère fût coupable ; non seulement il refusa la rançon, mais il ajouta que Ying révérait les sages paroles de l’Empereur jaune et de Laozi, et qu’il vénérait les actes vertueux du Bouddha. Ying se repentit alors de ses actes passés et il utilisa l’argent de la rançon pour faire préparer un repas somptueux, qu’il offrit aux moines et aux laïcs pieux qui vivaient dans son royaume.

Cette dernière phrase fournit une indication historique importante, car c’est la plus ancienne mention (en 65 de notre ère) d’une communauté bouddhique en Chine. Qui plus est, cette communauté, composée de moines et de croyants laïcs, ne se situait pas à Luoyang, la capitale, mais dans une région périphérique, correspondant aux actuelles provinces du Jiangsu et du Shandong. Nous ne savons pas si ces moines étaient ou non chinois ; ils étaient fort probablement étrangers, alors que les laïcs, eux, devaient être chinois. Il est intéressant de remarquer que cette communauté pratiquait déjà le jeûne. Ying lui-même semble s’être converti et avoir accordé sa protection à la nouvelle religion, ce qui tend à prouver que le bouddhisme avait déjà fait des adeptes dans la famille royale. La présence de moines et de laïcs laisse à penser que la communauté existait déjà depuis un certain temps avant la date de parution de l’édit en l’an 65. Si l’on suppose que les moines n’étaient pas chinois, alors d’où venaient-ils ? Nous l’ignorons. Si la transmission initiale entre Kouchans et Chinois, en l’an 2 avant notre ère, s’est poursuivie et étendue, les missionnaires bouddhistes ont eu plus d’un demi-siècle pour propager leur foi en Chine. Malheureusement les annales historiques chinoises ayant été compilées par des confucéens orthodoxes qui n’avaient que faire d’une poignée de moines étrangers tout à fait négligeables, on n’y trouve ni leurs noms ni leurs activités, qui nous resteront inconnus à jamais. » p. 50-51.

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