Didier le Fur, François Ier, Perrin, coll. Biographies, broché, 1024 pages, 29.50 €

 

Roi chevalier et prince modèle de la Renaissance pour les uns, premier roi absolu et chantre de l'intolérance religieuse pour les autres, François Ier n'est plus que légendes, dorées ou noires. A l'occasion des 500 ans de son accession au trône, en janvier 1515, Didier Le Fur en offre enfin sa biographie totale. Didier Le Fur a rouvert le dossier, sans parti pris et grâce à l'ensemble de la documentation. Un travail colossal en archives qualifié par Jean Sévillia de « monument d’érudition et d’intelligence ».

 

Extrait : « Mais qu’est-il encore possible de dire de plus ou de nouveau su un roi qui a fait l’objet, depuis trente-cinq ans, d’une cinquantaine d’ouvrages, d’une multitude de travaux universitaires, d’expositions et d’émissions de radio et de télévision ? Sa popularité est telle que François 1er est l’un des seuls rois de France avec Henri IV et Louis XIV à avoir encore droit à la une des magazines d’actualité en rien nostalgiques d’un système politique révolu. Il est un fait incontestable : ce souverain appartient à part entière au roman de l’histoire de France. Il en est même une pierre angulaire. Son histoire paraît être entendue, fixée.

Magnifié – et ce regard est aujourd’hui le plus répandu dans l’imaginaire collectif -, il serait l’homme de la Renaissance, cette époque unique qui aurait permis aux artistes et aux intellectuels d’aborder d’autres connaissances, d’exprimer d’autres goûts qui annonceraient les Temps modernes. Par l’originalité de sa personnalité, son intelligence, sa culture, il aurait balayé ce Moyen Âge si long et si obscur pour installer la France dans une ère nouvelle. Visionnaire, il aurait compris la nécessité d’unir davantage son peuple en décrétant le français langue officielle du pays qu’il gouvernait. Pour la fortune de cet Etat, il aurait laissé des châteaux prétendument remarquables, qui participent depuis à la gloire et à la diversité d’un patrimoine qui fait l’orgueil de cette nation, mais également des livres et des œuvres d’art qui appartiennent toujours aux collections nationales et en font la richesse. Il aurait créé des institutions essentielles à la transmission et au développement du savoir, telles que le Collège de France et l’Imprimerie nationale. Initiateur supposé de la Cour, il aurait inventé la galanterie et l’élégance françaises. Homme d’un temps nouveau, il n’en aurait pas moins été respectueux des valeurs louables appartenant à ce qui avait fait la grandeur de la France avant lui, gardant ainsi le meilleur du passé pour rendre plus riche l’avenir. Ces valeurs morales et essentiellement chrétiennes, il les aurait exprimées principalement à la guerre. Le prétendu adoubement du roi par le capitaine Bayard, qui n’est d’ailleurs plus désigné que par le titre de chevalier, au soir de la victoire de Marignan en 1515 en aurait été une expression. Son attitude lors de la défaite de Pavie, en 1525, une autre. Mais François 1er ne se serait pas seulement intéressé à la France. Avec le soutien de Jacques Cartier, il aurait également participé à la découverte des terres au-delà de l’Océan Atlantique, ouvrant ainsi l’imaginaire de la France aux contrées inconnues qui depuis évoquent elles aussi la modernité. Par ces différentes actions, François 1er aurait donc été à l’origine d’une aurore éclatante et aurait donné naissance à ce qui allait devenir la fameuse « civilisation française ». Utile à l’édification de la nation France, il aurait été, de fait, un très grand roi.

A ce souvenir particulièrement heureux s’oppose parfois un autre, bien plus acide. L’homme aurait commis, en effet, de nombreuses fautes indignes du Français idéal. Désigné comme le responsable de l’instauration de l’absolutisme en France, il aurait été un prince condamnable pour son intolérance envers les protestants, qu’il aurait fait massacrer. Dépensier, frivole, il aurait englouti des sommes folles dans la construction de châteaux qu’il ne finissait pas et dans des fêtes aussi inutiles que somptueuses. Faible avec les femmes, il se serait laissé conduire par elles, au grand péril de la France. Sa mère, Louise de Savoie, aurait été la principale, mais sa sœur Marguerite de Navarre et ses maîtresses auraient également abusé de lui. Erotomane notoire, son amour de l’amour lui aurait souvent fait oublier les devoirs de l’Etat. Reconnu comme ayant eu quelques responsabilités dans la renaissance des lettres en France, il aurait toutefois été un piètre militaire et se serait entouré de capitaines sans talent. Son obstination à faire des guerres qu’il aurait toujours perdues serait réprouvable. Inconstant dans ses choix politiques, naïf dans ses rapports avec les autres souverains d’Europe et principalement face à Charles Quint, son grand rival, il aurait été, par la vente des offices de judicature, l’initiateur de tous les abus en matière de justice que connut le régime monarchique après lui. Enfin, et pour résumer, il aurait entretenu des ambitions chimériques en souhaitant conquérir l’Italie et en revendiquant la couronne de l’Empire romain chrétien lors d’une élection qui aurait appauvri le royaume. Finalement, François 1er aurait été un prince fort médiocre. Il aurait presque le droit à l’oubli.

L’histoire de ces souvenirs, qui se son construits à des époques différentes, souvent longtemps après la mort du roi et qui s’opposent depuis le XIXe siècle tout en se nourrissant mutuellement puisqu’ils discutent généralement des mêmes thèmes, sera racontée dans le second livre de cet ouvrage. Une histoire, en effet, puisqu’ils on été bâtis pour l’essentiel sur des vides, des contresens ou des rumeurs, à partir de jugements de valeur personnels et idéologiques, afin de combler des manques, encourager des initiatives, exprimer des rancunes, critiques d’autres princes qui ne pouvaient être dénoncés ouvertement, ou justifier des prises de position qui se construisaient en opposition à celles supposées avoir été pratiquées par ce souverain. Ils ont peu à peu élaboré une perception légendaire de François 1er qui a fait disparaître, dans de nombreux cas, l’action même de ce roi, souvent aux antipodes de ce qui fait aujourd’hui sa renommée, en bien ou en mal. Et c’est là, peut-être, que se trouve l’intérêt d’un nouveau texte sur François 1er, texte qui compose la première partie de ce volume : tenter de décrasser ce personnage et son règne des légendes aigres ou douces qui les habillent toujours afin de faire revivre, tant que faire se peut, ce qui a conduit ce prince à agir de la manière qui fut la sienne pendant les trente-deux années où il gouverna la France, en essayant le plus possible de les replacer dans l’imaginaire de ce temps, généralement très éloigné de celui de la logique de la construction nationale, avec ses hauts, ses bas, ses espoirs et ses renoncements. Une vie de pouvoir où la politique intérieur fut rarement dissociée de la politique étrangère, où la position de la France et de son souverain dans le concert européen fut autant glorieuse que malheureuse, mais toujours utile pour ou contre l’hégémonie d’autres pouvoirs, d’autres ambitions, d’autres croyances. Un récit factuel qui sera augmenté par l’étude des éloges, poèmes et autres textes de circonstances créés par les hommes chargés de célébrer ou de justifier les actions de ce prince afin d’en faire un double toujours prestigieux, et de préparer ses sujets et ceux de ses alliés à d’autres victoires et d’autres guerres. En effet, le règne de François 1er fut d’abord et avant tout un temps de conflits armés, et les périodes de paix qui parfois le fractionnèrent étaient imposées par les circonstances ou le manque d’argent. Evidemment, lorsque l’événement était peu honorable, ces sources particulières ne furent pas produites, ou plus tardivement et selon la version officielle. Aussi, et pour contrebalancer une perception dont les accents étaient forcément laudatifs, la nécessité d’utiliser les textes rédigés alors par les adversaires du roi, critiques et virulents pour la plupart, s’imposait. De ce regard sur l’histoire de ce prince et de son règne s’esquissera peut-être pour le lecteur une autre époque, souvent bien éloignée des images d’Epinal élaborées depuis la mort de François 1er dans les livres d’histoire, plus violente et plus sévère, moins policée et surtout moins francocentriste. Un temps où rien n’était acquis durablement et où les actions étaient toujours à court terme, même si elles étaient chaque fois justifiées par le même objectif : obtenir la paix pour le bonheur du monde pour des siècles et des siècles. » (p. 7-10)

 

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