Marcus Sidonius Falx ou l'art de gérer ses esclaves. Focus.

Enfin un manuel pour savoir comment gérer ses esclaves et être maître de sa maisonnée ! Marcus Sidonius Falx, riche propriétaire issu d’une famille noble, nous donne de précieux conseils pour bien choisir ses esclaves (provenance, caractère, prix…), pour savoir comment les punir et dans quelles circonstances et pour décider quelles tâches attribuer à quel esclave. Pour l’assister, Falx requiert les services d’un certain Jerry Toner, Fellow Director of Classics au Churchill College (Cambridge University) pour expliquer ses recommandations aux pauvres plébéiens que nous sommes.

Ce petit livre est réellement une pépite ! Faire parler ce noble romain est une riche idée et provoque en nous diverses réactions. Nous rions face à tant de futilité quand Falx donne l’exemple d’un propriétaire opulent qui, pour épater ses convives et pallier son propre manque de culture, a fait apprendre Homère par cœur à ses esclaves mais nous nous révoltons, en tant que lecteur moderne, contre cette pratique odieuse quand, par exemple, il souhaite casser la jambe de son esclave pour avoir ri quand il s’est pris les pieds dans un outil de jardin.

Heureusement, Jerry Toner nous aide à mieux placer ce « témoignage » dans le contexte économique et social de l’Empire romain.

 

Jerry Toner (Marcus Sidonius Falx), L’art de gouverner ses esclaves, traduit de l'anglais par Laurent Bury, préface de Mary Beard, Puf, broché, 256 pages, 19 €

« Les opinions diffèrent quant à la meilleure source d’esclaves. Tous s’entendent cependant sur un point : il est désagréable d’utiliser nos concitoyens romains comme esclaves, comme cela peut arriver lorsqu’ils sont lourdement endettés. Mieux vaut vendre ces malheureux à l’étranger pour qu’ils ne suscitent pas la gêne de leurs propriétaires, conduits à imposer des tâches dégradantes aux membres de la race la plus fière du monde. Ceux qui sont nés libres et romains ne doivent pas tomber en servitude.  Même les barbares germains refusent d’utiliser leurs compatriotes […].

Le grand philosophe Sénèque estimait que les esclaves ayant grandi dans un foyer étaient les meilleurs, parc qu’ils n’ont jamais connu d’autre vie et sont donc moins susceptibles de ronger leur frein, pour ainsi dire. Atticus, l’ami de Cicéron, était si délicat qu’il n’utilisait que ceux-là comme esclaves domestiques. Selon lui, les esclaves élevés chez leur maître sont bien plus susceptibles de lui rester fidèles, puisqu’ils voient en lui presque un père et ne lui reprochent pas leur servitude. Le problème, nous le verrons, est qu’élever des esclaves prend du temps et coûte cher. 

En tout cas, beaucoup affirment qu’un esclave nouveau est comme un morceau d’argile : son maître peut le modeler pour lui donner la forme qu’il souhaite. Tel un jeune chien, il peut être rapidement formé pour accomplir les tâches d’une certaine manière, et l’on n’a pas à consacrer de longues années à l’élever en vue du même objectif. » p.37-38.

 

Le public érudit appréciera le hasard du calendrier, puisque vient de sortir aux éditions du Seuil, un ouvrage complet sur l’esclavage en Grèce ancienne. A la manière de Finley, l’auteur nous invite à réfléchir sur le sens de la démocratie dans nos sociétés modernes. Le statut et les tâches spécifiques des esclaves publics au sein de la Cité sont au centre des réflexions de Paulin Ismard comme nous pouvons le lire dans l’extrait que nous avons choisi pour vous.

 

Paulin Ismard, La démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne, Seuil, coll. L’univers historique, broché, 269 pages, 20 €.

« La spécificité du statut des esclaves publics et les privilèges qui leur sont réservés tiennent en premier lieu à leur qualité même de bien public. Public : la notion n’a pas dans la cité classique l’évidence qui est la sienne aux yeux d’un Moderne. Dans le monde grec de l’époque classique, en effet, la cité n’avait pas le statut d’une personne juridique. Les biens publics ne constituaient pas des propriétés publiques, au sens que nous avons l’habitude de donner à ce terme, impliquant qu’un sujet de droit, l’État, puisse posséder des biens et faire respecter ses droits à la façon d’une personne privée. Ce simple constat est lourd de conséquences en ce qui concerne le rapport de propriété qu’entretenait la cité à ses esclaves. Un grand livre sur l’esclavage grec se contente d’écrire au sujet des dêmosioi : « Ils étaient, comme pouvait l’être tout bien meuble ou immeuble, la propriété du peuple, qui exerçait sur eux à titre collectif les mêmes droits qu’un propriétaire privé. » En ce qu’il appréhende la propriété publique de manière analogue à la propriété privée, le propos est insatisfaisant : le régime patrimonial qui caractérisait les liens entre un maître et son esclave ne saurait en effet s’appliquer sans précaution à celui qui unissait l’ensemble du corps civique à ses dêmosioi, car, en l’absence d’une incarnation de l’État sous la forme d’une personne titulaire de droits et d’obligations, l’ensemble du droit patrimonial athénien ne pouvait s’appliquer aux esclaves de la cité. On peine, par exemple, à identifier une instance susceptible d’incarner dans la cité l’ensemble du corps civique dans ses relations avec les dêmosioi. » p. 120-121

 

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