Jerry Toner (Marcus Sidonius Falx), L’art de gouverner ses esclaves. Extrait.

Jerry Toner (Marcus Sidonius Falx), L’art de gouverner ses esclaves, traduit de l'anglais par Laurent Bury, préface de Mary Beard, Puf, broché, 256 pages, 19 €

 

A partir d'une multitude de sources originales, l'auteur imagine un guide pratique pour propriétaire d'esclaves qui aurait été écrit par un citoyen de la Rome antique, Marcus Sidonius Falx : où acheter ses esclaves, combien coûtent-ils, comment les punir ou les récompenser, quelle liberté sexuelle leur accorder, quand les affranchir, etc.

 

« Évitez l'ostentation. Rien n’est plus vulgaire qu’un parvenu employant toute une armée d'esclaves parfaitement inutiles pour accomplir les tâches les plus vaines, simplement comme moyen d’étaler sa fortune excessive. Un riche affranchi que je connais avait un nomenclateur, dont la fonction était de rappeler à son maître l’identité des gens qu’il rencontrait. Combien il était insultant pour ses invités d’entendre un esclave souffler leur nom à son maître ! C’est pire encore lorsqu’on confie cette mission à un vieux serviteur qui n’est plus bon à aucun travail productif et dont le cerveau est ramolli par l’âge : il se trompe constamment et cause à tous une très grande gêne. L’usage le plus ridicule des esclaves dans ce domaine fut peut-être le fait d’un homme très riche nommé Calvisius Sabinus. Il avait hérité d’un immense domaine, mais n’avait aucune  éducation et sa mémoire était si mauvaise qu’il ne pouvait pas même se rappeler le nom des héros des épopées d'Homère. Voulant paraître instruit, et donner l’impression de mériter sa fortune, il se procura, à grands frais quelques esclaves intelligents et leur fit mémoriser les grandes œuvres de la littérature. L’un dut apprendre tout Homère par cœur, un autre tout Hésiode, et les neuf autres durent retenir les écrits de neuf poètes lyriques. Il leur fallut beaucoup de temps pour savoir d’abord assez bien lire. Mais dès que cette escouade littéraire fut en place, il se mit à harceler ses convives à dîner, en leur demandant constamment des vers que ses esclaves pourraient réciter. Sabinus prétendait qu’ils lui avaient coûté une somme folle ; acheter le même nombre de bibliothèques lui aurait coûté moins cher.

Bien sûr, tous les esclaves n’appartiennent pas à d’aussi stupides particuliers. L’État emploie également de nombreux esclaves publics pour tenir les comptes et entretenir les routes. Cela peut être un bon investissement si vous voulez acheter des ecslaves d’occasion puisqu’ils n’ont pas été surmenés et sont souvent ravis d’avoir la possibilité de travailler dans l’atmosphère dynamique d'une demeure privée, même si cela constitue une perte de prestige.  » p.48-49.

 

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