Irving Finkel, L’Arche avant Noé. Les origines de l’histoire du déluge déchiffrées, traduit de l'anglais par Olivier Lebleu,  JC Lattès, 350 pages, 20,90 €.

 

 

Tout le monde connaît l’histoire de l’Arche de Noé et du Déluge telle qu’elle est racontée dans la Genèse. Depuis les années 1870, on sait qu’une autre histoire, similaire mais beaucoup plus ancienne, existait déjà depuis des siècles dans l’antique Babylone. Mais celle-ci demeurait nimbée de mystère. Conservateur au British Museum et spécialiste international de la Mésopotamie ancienne, Irving Finkel s’est retrouvé plongé dans une enquête policière inédite lorsqu’un visiteur lui a apporté au musée la mystérieuse tablette qu’il avait héritée de son père. Cette dernière ne présente pas seulement une nouvelle version du récit diluvien babylonien : l’auteur antique y décrit aussi la taille et la forme d’une Arche tout à fait inattendue, et livre les caractéristiques détaillées de sa construction. On découvrira ainsi le lieu où les Babyloniens croyaient que l’Arche avait accosté ainsi qu’une nouvelle explication de l’introduction de cette histoire dans le texte de la Bible.
L'Arche avant Noé, Les véritables origines de l'histoire du Déluge nous entraîne dans une authentique exploration, du monde fascinant des écritures antiques.

 

Extrait :  « Il n’est guère étonnant que le mythe de l’inondation soit profondément ancré dans la psyché mésopotamienne. Car il provient de cette région du monde et évoque le paysage même où se développa cette civilisation. Sa dépendance à l’égard des eaux du Tigre et de l’Euphrate était absolue et inéluctable. Le vide grandiose des cieux au-dessus d’eux, la soudaineté de la tempête et les pouvoirs tangibles de divinités antiques telles que le Soleil, la Lune et le dieu de la Tempête, impliquaient que même les humains les plus sophistiqués ne pouvaient échapper à la réalité des forces de la nature. D’une puissance irrépressible et capable de balayer une civilisation entière avec la puissance d’un tsunami moderne, la submersion n’était certainement pas une simple histoire racontée pour effrayer les enfants, mais un récit contenant le souvenir lointain d’une ou plusieurs catastrophes authentiques. Il est probable qu’elle fut transmise, sous une version quelconque, durant des millénaires.

D’un point de vue culturel, le Déluge a fonctionné comme un repère dans le temps, permettant de dater tous les événements cruciaux qui le précédèrent ou le suivirent. De grands sages vécurent « avant le Déluge » et, « après le Déluge », l’humanité fut gratifiée de toutes qualités propres à la civilisation. Apparaissant très occasionnellement dans la littérature cunéiforme, le terme antédiluvien, devenu une sorte de cliché, nous rappelle assez une autre ritournelle : « avant la Grande Guerre… ».

Le déluge universel fut conçu comme un « coup de balai » d’un genre efficace, permettant aux dieux de recréer des formes de vie plus appropriées dans un monde à nouveau propre et vide. Consterné par la proposition et apparemment le seul à en anticiper les conséquences, le dieu Enki (intelligent, espiègle, rebelle) désigne alors l’individu apte à sauver l’existence de la race humaine et des autres espèces. L’histoire diluvienne est donc par essence un sujet de littérature orale. Son thème central touchait directement chacun des auditeurs. Hommes et femmes savaient que leur sort dépendait de la volonté des dieux : si des fleuves aussi vitaux que l’Euphrate et le Tigre s’asséchaient ou, en l’occurrence, se gonflaient en une vague monstrueusement ravageuse, un chaos en résulterait, signifiant leur perte. Le Déluge est une histoire faite de drames effrayants, de combats humains et d’une échappée belle, dans le pur style hollywoodien.

En sumérien comme en akkadien, beaucoup d’histoires mésopotamiennes comportent des indications signalant quelles proviennent d’une époque plus reculée que celle de leur rédaction. Citons par exemple la répétition de certains passages-clés, ce qui rend une longue histoire plus facile à retenir et favorise la proximité avec l’auditoire, qui peut « participer » à l’occasion, comme le font les petits enfants quand on lit et relit leur livre préféré. On se mit à rédiger ce récit impliquant les dieux alors que l’écriture avait atteint sa maturité, au moment où la langue pouvait enfin être entièrement consignée, c’est-à-dire au début du IIIe millénaire avant J.-C.

Venues du sud de l’Irak, de très anciennes tablettes d’argile présentent des récits où apparaissent déjà les dieux, même si dans une large mesure la traduction de ces premiers exemples demeure un défi. L’histoire du Déluge, en revanche, ne semble pas être passée à l’impression à une date aussi précoce. Les premières tablettes révélant quelque partie de ce récit surgissent au IIe millénaire avant J.-C., c’est-à-dire mille ans ou plus après les premières expérimentations d’écriture sur argile. Nous pouvons seulement comment, en attendant, les conteurs sumériens et babyloniens purent développer le scénario de la Grande Inondation – qui constitua sans doute longtemps leur fonds de commerce. Cependant, quand elle commence à apparaître sous forme écrite, au début du IIe millénaire avant J.-C., il n’existe pas un récit diluvien mésopotamien unique, mais plusieurs compositions séparées dans lesquelles l’inondation constitue un élément central. C’est en soi une indication de l’ancienneté du thème, car la puissance et la dramaturgie du récit diluvien étaient insondables, obsédant poètes et conteurs aussi longtemps que vécurent les cultures de la Mésopotamie, voire au-delà.

Le récit diluvien mésopotamien se présente à nous en trois versions cunéiformes distinctes, l’une en sumérien et les deux autres en akkadien. Il s’agit du Récit diluvien sumérien, et d’importants épisodes narratifs situés respectivement au cœur de l’Épopée d’Atra-hasis et de l’Épopée de Gilgamesh. Chaque version dispose de son propre héros. Il n’est donc que partiellement approprié de parler d’un « Récit diluvien sumérien » en tant que tel, car des disparités importantes existent entre les versions, même si l’essentiel de l’histoire ne varie pas. De cette triple tradition, des variantes circulaient, dont certaines sensiblement différentes, en termes de forme, de nombre de colonnes utilisées, d’éléments d’intrigue, ainsi que de langue. Ce que nous appelons l’Épopée d’Atra-hasis, bien qu’assurément populaire, apparut sous bien des formats sans jamais être totalement « standardisée », alors que l’Épopée de Gilgamesh finit par se figer dans une forme littéraire convenue. Rangées dans la bibliothèque royale de Ninive et présentant le récit diluvien, les tablettes de Gilgamesh du Ier millénaire sont toutes d’authentiques copies racontant littéralement une seule et même histoire. Nous n’avons pas de version Athrahasis du récit diluvien mésopotamien antérieur au Ier millénaire avant J.-C. Une telle découverte nous serait pourtant bien utile. » (p. 102-105) 

 

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La presse en parle : 

 

L'OBS : "Comme un détective, le grand savant Irving Finkel nous raconte ses incroyables découvertes sur les origines du Déluge en Mésopotamie, des millénaires avant la Bible. Un essai passionnant." Marie Lemonnier 

 
Le Point : "Une tablette datant de 1750 av. JC livre les origines du fameux récit biblique. Irving Finkel, assyriologue au British Museum et éminent spécialiste de la civilisation mésopotamienne, est parvenu à mettre en relation cette nouvelle tablette de l'Arche avec une carte du monde tel que le voyaient les Assyriens." Sophie Pujas 

 

 

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