François Hartog, Partir pour la Grèce. Extrait.

François Hartog, Partir pour la Grèce, Flammarion, broché, 283 pages, 23,90 €.

 

Une étude de l'héritage de la Grèce antique dans la culture européenne. L'auteur retrace l'évolution de sa perception et des significations qui lui ont été prêtées au fil des siècles, à travers la réflexion d'historiens et de penseurs, de l'Antiquité à aujourd'hui. Il analyse également son impact sur la construction des identités culturelles ou nationales et sur la politique.

 

« A lire les premières pages de Polybe, on retire l’impression d’une histoire assurée d’elle-même et d’un historien confiant dans son rôle. De fait, il propose hardiment une nouvelle histoire pour un nouveau monde : celui de la domination romaine. Otage à Rome, il a « vu » l’histoire mondiale ou globale et a compris que Rome en était l’instrument. Son concept organisateur est celui de sumplokê (entrelacement). Avant l’année 220, ce qui se passait dans le monde avait un caractère « disséminé », car « il n’y avait pas plus d’unité de conception et d’exécution que d’unité de lieu ». Après, en revanche, quand s’engage la deuxième guerre punique, l’histoire « s’est mise à former comme un tout organique et les évènements comme un tissu qu’on tisse, à s’enlacer les uns aux autres », sous l’action de la Fortune qui «  a contraint toutes les affaires humaines à s’orienter vers un seul et même but ». Il s’ensuit que l’autopsie ne suffit plus au nouvel historien qui doit faire appel à une notion, empruntée à la philosophie, pour indiquer la saisie de la totalité : la sunopsis. Il doit atteindre pour lui-même jusqu’à cette vision d’ensemble, cette vue générale sur les choses, qui corresponde au point de vue de la Fortune. Il lui faut voir comme la Fortune, adopter son point de vue et le restituer, du mieux qu’il peut, à son lecteur, afin de lui donner à voir cette histoire devenue universelle qu’il nomme histoire « générale ». La sunopsis est double : elle a une dimension épistémologique et une autre narrative.

Où Polybe écrit-il ? A Rome et depuis Rome. Mais c’est dans la tradition intellectuelle grecque qu’il va trouver les instruments rendant possibles une telle opération intellectuelle. Il va faire siennes les réflexions d’Aristote sur la poésie tragique et sur l’histoire. Mais pour les retourner. Avec Aristote et contre lui, il peut formuler le cadre conceptuel de l’histoire nouvelle que personne n’a encore écrite. Or, le cours nouveau pris par l'histoire, depuis que Rome s'est imposée dans la Méditerrannée , lui permet d'affirmer avec assurance la supériorité de l'historie sur la tragédie : de l'histoire comme tragédie vraie.» p.104-105.

 

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