Consultez notre galerie Pinterest de toutes les nouveautés reçues en janvier 2015

 

Les favoris de Mélanie Mougin :

 

Anthony Grafton, La page de l’Antiquité à l’ère du numérique, Hazan/Louvre éditions, coll. Bibliothèque Hazan, broché, 192 pages, 15 €.

 

 

Cet essai qui a accompagné les conférences données par Anthony Grafton en 2012 au musée du Louvre, souhaite démontrer que la transformation profonde des modes de production et de réception des textes à travers le numérique coïncide pourtant avec les pratiques que l’on retrouve à travers toute la tradition écrite depuis l’Antiquité.

 

Extrait : « Dans les dernières décennies du Ier  siècle de notre ère, les Romains éduqués savaient que la page pouvait prendre de multiples formes. Martial, poète aux moyens modestes, originaire d’Espagne, dont les épigrammes évoquent l’animation des rues romaines de son époque, prend plaisir à décrire, avec sa précision caractéristique, les dimensions, le poids et la texture des livres. Lui-même semble avoir une préférence pour ce qui fut longtemps la forme habituelle du livre dans le monde antique : le rouleau de papyrus, composé de bandes découpées dans un roseau poussant le long du Nil. Il mentionne aussi les tablettes de diverses formes, liées ensemble, dont les Romains se servaient pour toutes sortes d’usages – écrire une lettre, copier des citations ou prendre des notes sur ce qu’ils observaient -, mais, surtout, il décrit une troisième forme de livre : le codex, c’est-à-dire le livre relié tel que nous le connaissons encore aujourd’hui. Ainsi conseille-t-il aux lecteurs qui souhaitent emporter ses poèmes en voyage d’acheter ce genre de livre, qui peut être tenu d’une main, contrairement aux ouvrages de grand format qu’il faut ranger dans des meubles ; Martial indique même une adresse où l’on peut se les procurer. En fait, précise-t-il, de nombreux textes classiques se présentent aussi sous forme de codex en parchemin. »

 

 

Pierre Chantraine, Grammaire homérique. Tome II : Syntaxe, nouvelle édition revue et corrigée par Michel Casevitz, Klincksieck, coll. Librairie Klincksieck – Série Linguistique, relié, 456 pages, 59 €.

 

 

La Grammaire homérique de Pierre Chantraine, dont la première édition date de 1942 et qui a été retirée en 1953, puis en 1958 (avec une conclusion traitant des problèmes dialectaux à la lumière des tablettes mycéniennes récemment déchiffrées), est devenue un monument historique irremplaçable et, comme tel, elle avait besoin d'être entretenue : Michel Casevitz s'est donc chargé de la débarrasser de ses coquilles pour offrir ici une édition définitive. Le tome II consacrée à la syntaxe est désormais disponible.

 

Extrait de l’avant-propos : « Les problèmes de syntaxe homérique se présentent dans des conditions tout autres que celles où l’on doit étudier la phonétique ou la morphologie. Il ne s’agit plus de discuter des formes, mais d’analyser des emplois ou des structures de phrases. On a, en effet, entendu, dans ce livre, le terme ≪ syntaxe ≫ au sens traditionnel, c’est-a-dire que l’on y a envisagé a la fois l’emploi des formes et la structure de la phrase. On s’est efforcé de montrer certains traits archaïques de l’usage homérique : indépendance des termes, construction appositionnelle, emplois anciens des cas, des modes et des temps, usage libre des prépositions et des préverbes, construction paratactique de la phrase complexe. L’Iliade et l’Odyssée sont, d’autre part, des oeuvres littéraires qui se sont développées par les procédés d’un style oral, au moyen de la technique des formules épiques. Il en résulte que telle formule, employée en un passage donné, peut être transférée ailleurs où elle convient moins bien. En outre, le texte, on le sait, a dû être modernisé. Il convient donc de rester très prudent dans l’analyse des exemples : pour l’emploi des particules ἄν, κε ou τε, du subjonctif ou de l’optatif, du duel, les données sur lesquelles nous raisonnons peuvent n’être pas toujours authentiques. »

 

 

Sinclair Lewis, Elmer Gantry. Le charlatan, traduit de l'américain par Régis Michaud, postface de Francis Lacassin, Les Belles Lettres, coll. Domaine étranger, broché, 448 pages, 14,90 €.

 

 

Aux Etats-Unis, un charismatique vaurien, doté pour seuls atouts d'un physique avenant, d'une effronterie à toute épreuve et d'une voix de baryton, entreprend de faire fortune dans le commerce religieux et accède au rang d'évêque dans l'une des plus rigoureuses églises du pays.

 

Extrait : « Réfugié dans son hôtel, Elmer se lamentait. Échouer dans un trou de neuf cents âmes, être appointé à quelque onze cents dollars, après la grande tente, les foules autour de Sharon, les beaux appartements, les tenues du matin, l’avantage d’être salué comme docteur Gantry dans les salles de bal par des femmes d’agents de change !

Mais que devenir ? Impossible d’arriver dans la Nouvelle Pensée. Il manquait, il l’avouait, d’esprit d’à-propos. Pourrait-il jamais rivaliser d’originalité avec, disons, cet oracle plein d’humour de Mrs. Riddle : « N’ayez pas peur de bousculer les gens ; comme ils marchent déjà la tête en bas, vous ne ferez après tout que les remettre sur leurs jambes. »

Heureusement, sauf dans quelques églises à la mode, l’originalité n’était pas nécessaire pour réussir chez les baptistes ou les méthodistes. Après tout, il ne serait pas malheureux dans le pastorat. C’était sa profession. L’acteur aime la poudre, le maquillage, les affiches et les décors. Elmer avait l’amour de tout ce qui touche à sa profession, les livres d’hymnes, le service de la communion, la direction du choeur, la surveillance du Comité des dames patronnesses, les entrées en scène, le mystère des coulisses et la fascination qu’il exerçait sur l’auditoire, l’apparition sous les feux de la rampe devant la communauté en attente.

Et sa mère, qu’il n’avait pas vue depuis deux ans, il aurait tant voulu la réconforter ; il savait que les charlatans de la Nouvelle Pensée n’avaient pu que la dérouter.

Mais, mais neuf cents âmes !

Il se cabra pendant quinze jours, demanda à l’évêque Toomis une paroisse plus importante, lui fit lire toutes les coupures de journaux relatant sa carrière oratoire avec Sharon.

Puis ce fut la fin du cours de Zenith. Il ne lui restait plus

que des perspectives tout à fait aléatoires.

— Je suis déçu, frère, de vous voir songer au nombre du troupeau plus qu’aux possibilités mer-veil-leu-ses qui s’ouvrent devant vous ! se plaignit l’évêque Toomis.

— Oh ! non, monsieur l’évêque, vous ne me comprenez pas ! Je songeais seulement à déployer mes capacités où elles seraient le plus utiles. Mais tout mon désir est de me

laisser guider par vous ! rétorqua Elmer d’un air crâne, brave et juvénile.

Deux mois après, Elmer prenait le train pour Banjo Crossing, en qualité de pasteur de l’Église méthodiste dans cet aimable village à l’ombre des sycomores. » (p. 244-245)

 

 

Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

Didier Le Fur, Marignan, 1515, Perrin, coll. Tempus, broché, 378 pages, 10 €.

 

 

L'auteur met en lumière la propagande développée par le pouvoir royal afin de justifier cette expédition en Italie, ainsi que l'utilisation faite de cette bataille peu glorieuse pour fabriquer un des événements les plus prestigieux de la France.

 

Extrait : «  La bataille de Marignan est sans doute un des événements les plus célèbres de l'histoire de France. Tout le monde ou presque en connaît la date  : 1515.Dans l'imaginaire national, elle serait une de ces journées qui ont fait la France, au même titre que la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, ou l'appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940. Mais lorsque l'on interroge pour en savoir davantage, les choses se compliquent. Plus rares sont les personnes pouvant dire qu'il s'agit d'une victoire de François Ier remportée la première année de son règne alors qu'il espérait recouvrer le Milanais, perdu par les Français depuis 1513. Moins nombreuses encore sont celles capables d'affirmer que cette bataille se déroula en Italie, dans une plaine au sud de la capitale du duché  ; qu'elle dura deux jours, les jeudi 13 et vendredi 14 septembre et que les principaux adversaires de François  Ier furent des Suisses. Quant à savoir que cette bataille faillit être une terrible défaite sans l'intervention des Vénitiens dans la matinée du septembre, qu'elle fut une des plus longues que l'armée royale eut à livrer et sans doute la plus meurtrière puisque, en près de vingt heures, au moins seize mille hommes y trouvèrent la mort, personne ou presque n'en a la souvenance. En somme, Marignan est aujourd'hui un événement connu sans que l'on sache vraiment pourquoi.  » (p. 11-12)

 

 

Bernard Forthomme, La pensée franciscaine. Un seuil de la modernité, Les Belles Lettres, coll. L’Âne d’or, broché, 464 pages, 35 €.

 

 

Cette étude de la théologie franciscaine examine l’émergence de la voie moderne à partir de la pensée médiévale. Inspirée par François d'Assise (1181-1226), celle-ci élabore une nouvelle conception de la rationalité comme liberté et redéfinit les relations entre l’être et le langage.

 

Extrait : « La pensée franciscaine bouleverse la pensée de Dieu comme absolu, fût-ce l'Un ontologique et pas seulement numérique. C'est sans doute aussi une pensée de l'Un pour moi et mes liens sociaux privilégiés, mais tendu vers l'Unique (universel et vrai) et, mieux encore, vers le Seul. Seul qui désigne non seulement ce qui excède le Tout, mais une proximité au Tout et en Tout  : non point simplement une Altérité ni le Tout, ni l’Être, le Vrai, le Bien ou le Beau, ni l'absolu comme plan d'immanence, nature, vie économique et sociale ou culturelle  ; ni l’État ou la vie sans État, l'existence, le «  moi  » ou l'inconscient, ni même une liberté hypostasiée, gage ou la civilisation, la liberté de savoir, de discerner, de prévoir et de gouverner. Ce ne sont là, le plus souvent, que des a priori temporels, et donc déjà des récits mythiques ou des pratiques répréhensibles.

Il n'y a aucun absolu dans la pensée franciscaine, car elle offre une pensée du Seul comme relation librement voulue en Tout, d'un côté comme de l'autre  ; liberté qui sélectionne ou révoque sans cesse les attributs du Seul tels que sa liberté nous les rend pensables. Si Dieu n'était qu'une infinité d'attributs en soi, suivant la ligne scotiste simplifiée, il y aurait le risque qu'on n se rappelle plus qu'il est le seul Père. A mémoire de Dieu suppose une sélection des attributs considérés comme élémentaires à partir desquels tous les autres s'agencent  ; sans une telle sélection libre – i. e. transtemporelle – d'attributs centraux, nous ne ne pourrions recevoir aucun contenu du nom de Dieu et nous souvenir de lui;il faut une sélection centrale pour avoir seulement cette capacité, fût-ce en changeant la sélection au fil du temps et des épreuves, des croisements inouïs, comme on le voit dans les Écritures, les théologies et les spiritualités, mais encore dans les philosophies, même lorsqu'elles ne veulent penser que sur le plan  d'immanence.  »

 

 

 

Jean-Claude Poursat, L’art égéen, Tome 2 : Mycènes et le monde mycénien, Picard, coll. Les manuels d’art et d’archéologie antiques, relié sous jaquette, 304 pages, 65 €.

 

 

Ce deuxième volume examine les principales oeuvres (monuments, fresques, sculptures, glyptique, vase, orfèvrerie) et les principaux styles de l'art mycénien, qui apparaît vers 1600 en Grèce. Il montre comment cet art se définit et s'impose par des phénomènes d'acculturation progressive dans les différentes parties du monde égéen et s'intègre aux courants artistiques de cette région.

 

«  Dans le monde égéen, l'art mycénien est un art nouveau. A la différence de l'art minoen, qui s'est développé pendant plusieurs siècles dans le cadre d'une civilisation palatiale, il apparaît soudainement vers 1600, dans un monde helladique où les œuvres d'art étaient auparavant rarissimes. Quels en sont les artisans et les sources d'inspiration  ? Comment s'est-il distingué de l'art minoen (et cycladique) contemporain  ? Les premières œuvres, celles de l'époque dite des tombes à fosse de Mycènes, ont manifesté par le luxe funéraire le statut d'élites rapidement enrichies. Certes, dès le Bronze Ancien, les bijoux de tombes minoennes, cycladiques ou helladiques témoignaient  du même désir. Mais ici le caractère inouï de la richesse déployée se situe hors de toute tradition directe, de même que des œuvres – stèles funéraires et ivoires sculptés, poignards à décor incrusté d'or et d'argent – jusqu'ici inconnues. Il convient cependant de replacer l'art mycénien dans le contexte non seulement de l'art égéen, mais aussi de celui des autres civilisations. Le XVIe siècle a été un moment de grand développement artistique dans toute la Méditerranée orientale. Au Proche-Orient, l'établissement des pouvoirs hittites, cassites, mitanniens s'accompagne de changements culturels, de même que l'avènement de la XVIIIe dynastie en Égypte  ; chars et chevaux, instruments de la puissance militaire, prennent place dans les représentations.  » (p.19)

 

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