Christophe Picard, La mer des califes. Extrait

Christophe Picard, La mer des califes. Une histoire de la Méditerranée musulmane, Seuil, coll. L’univers historique, broché, 439 pages, 26 €

 

Une histoire de l'espace méditerranéen à travers laquelle le lecteur pourra découvrir que les califes et les oulémas ne se sont pas détournés de l'espace maritime, bien au contraire. Dix ans après le début de la conquête des régions méditerranéennes, les musulmans investissent en effet la Méditerranée.

 

Extrait : « Par celui qui envoya Muhammad avec la vérité, je ne laisserai jamais aucun musulman s'aventurer sur elle [Méditerranée] […] Comment pourrais-je permettre que mes soldats naviguent sur cette mer déloyale et cruelle ? »

 

Umar b. al-Khattâb (634-644)

 

« Ces propos prêtés à celui qui fut, aux yeux des musulmans du Moyen Age, le plus grand calife de l'Islam, initiateur et organisateur des conquêtes arabes, sont à la base d'un quiproquo durable sur l'histoire des musulmans en Méditerranée, aux premier siècles de l'Islam. En effet, quand Fernand Braudel déclare, en guise d'incipit de son œuvre, « J'ai passionnément aimé la Méditerranée », il n'avait pas vraiment en tête une mer chrétienne et musulmane, mais celle des marchands latins, à l'origine du premier capitalisme. Il reconnut l'Islam comme l'une des grandes civilisations méditerranéennes, mais comme un acteur de second plan quand il est question de l'essor maritime et économique au Moyen Age. Dans son sillage, l'ensemble des histoires de la Méditerranée médiévale accordent une place subalterne aux marins de l'Islam, généralement relégués au rang de pirates. La conquête arabe (635-732) déjà sous la plume d'Henri Pirenne, fût donnée pour responsable de la crise du Mare nostrum des Romains, déclenchée par la peste au milieu du VIe siècle. L'expansion musulmane aurait précipité le Bassin méditerranéen dans une très longue dépression économique, démographique, culturelle nourrie par la permanence de la guerre entre musulmans et chrétiens. Seul, le beau Xe siècle aurait marqué l'instant de l'épanouissement musulman sur la Méditerranée : les deux califats méditerranéens, omeyyade (929- 1031) et fatimide (909-1171), profitant des effets d'une reprise économique, auraient été en mesure d'adapter à l'Occident islamique la puissance, le faste et la gloire du califat de Bagdad (749-1258), et de disputer la maîtrise de l'espace maritime aux empereurs Macédoniens de Byzance (867-1059). Commence alors le second temps du Moyen Age méditerranéen, avec le XIe siècle, celui des marins et marchands italiens, provençaux, catalans pus tard, fondé sur un premier capitalisme latin qui allait leur permettre de s'approprier les routes maritimes et les marchés de Byzance et de l'Islam. Le temps musulman sur la Méditerranée semblait passé, du moins jusqu'à l'aube de la puissance ottomane. Ainsi, la rencontre de l'Islam conquérant et de l'espace maritime coïnciderait avec la période de la crise ; le temps latin est, pour sa part, intimement lié à la phase de l'essor économique. »

 

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