C. Bonnet, H. Niehr, La religion des Phéniciens et des Araméens. Extrait.

Corinne Bonnet, Herbert Niehr, La religion des Phéniciens et des Araméens : dans le contexte de l'Ancien Testament, traduction française de Pauline Landois et Marjorie Maquet, Labor & Fides, coll. Le monde de la Bible, broché, 398 pages, 31 €.

 

Cet ouvrage présente deux domaines religieux encore mal connus, parce qu’ils n’ont pas laissé de monuments prestigieux comme les religions égyptiennes et mésopotamiennes : la religion des Phéniciens (et des Carthaginois), et celle des royaumes araméens de Syrie. Dans les deux cas, nous ne possédons guère de sources littéraires. Leur reconstruction doit donc se baser sur le matériel archéologique et épigraphique, ce qui permet d’émanciper l’étude de ces religions d’une perspective trop souvent centrée sur la Bible hébraïque, qui les déforme d’emblée en y dénonçant des formes de culte des idoles. On découvre dans cette présentation deux univers religieux fascinants, organisés dans le cadre de petits royaumes, avec leurs panthéons, leurs cultes et leurs pratiques sacrificielles, on pénètre dans leurs sanctuaires et on se familiarise avec leurs mythes, leurs représentations des dieux et des rois, leurs conceptions du rôle des uns et des autres dans la vie quotidienne des sociétés.

 

«  L’imagerie traditionnelle des Phéniciens les associe à une dimension spatiale fluctuante  : la Méditerranée. Marins, voyageurs, explorateurs, ils ont pour patrie toutes les rives du grand bassin, de l'Orient au lointain Occident, de la mythique forêt de cèdres aux prés verdoyants d'Erythie aux confins tartessiens où le soleil se couche. Infatigables représentants de commerce, les Phéniciens ont le do d'ubiquité, l'identité pérégrine  ; ne sont-ils du reste pas fondamentalement les responsables de la diffusion de l'alphabet  ? Les Grecs ne s'y sont pas trompés qui ont fait de Cadmos, l'Oriental errant, le symbole d'un peuple de passeurs. Dès lors, où situer la Phénicie dont nous nous proposons d'étudier la religion  ? Et comment articuler cet ancrage oriental avec les développements occidentaux  ? Parler de «  religion phénico-punique  » est un raccourci commode, dont personne ne sera dupe. Il faut donc partir de la conviction qu'étudier les cultes des Phéniciens et des Puniques, c'est d'emblée se placer dans une perspective de religio migrans, c'est d'accepter le défi de figer dans l'analyse historique ce qui est, par nature, dynamique, instable, c'est aussi s'interroger sur le rapport entre religion et territoire, sur les modalités d'ancrage des cultes dans l'espace, fût-il «  liquide  », étendu ou restreint, propre ou partagé. […] Le concept de civilisation «  phénicienne  » résulte donc fondamentalement d'une construction historiographique tributaire de la tradition grecque. Bien que conventionnel, il  a donné naissance à un secteur disciplinaire désormais bien implanté. Pourtant, les paramètres (archéologiques, artistiques, linguistiques, etc.) permettant de déterminer un faciès culturel phénicien ne sont pas nets et aucune source ne peut être rapprochée du célèbre passage d'Hérodote où la «  grécité  » (to hellènikon) est définie par une communauté de sang, de rites, de langage et d'usages. Les habitants du littoral syro-palestinien, qui portaient simplement le nom de leur royaume de résidence, qui n'avaient apparemment pas conscience d'appartenir à une entité ethnique ou géopolitique «  phénicienne  ». Une telle fragmentation objective et subjective des terroirs a, pour ce qui nous intéresse ici, des conséquences importantes sur la structure religieuse  ; celle-ci repose fondamentalement sur diverses unités territoriales soigneusement délimitées et plus ou moins corrélées  ». (p. 13-14 et 15)

 

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