Hermann von Pückler-Muskau, Aperçus sur l’art du jardin paysager, édition établie, annotée et présentée par Stéphanie de Courtois, Marie-Ange Maillet et Eryck de Rubercy d'après une traduction anonyme de 1847, Klincksieck, relié, 218 pages, avec un atlas de 45 illustrations et 4 plans couleur, 26,90€.

 


Hermann von Pückler-Muskau (1785-1871), prince quelque peu excentrique, est surtout connu pour ses créations paysagères. L'Allemagne lui doit deux de ses plus beaux parcs à grande échelle : celui de Branitz dans le Brandebourg, et celui de Muskau en Saxe, aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Encouragé par sa rencontre à Weimar avec Goethe en 1810 à persévérer dans l’art paysager, ce « prince parcomane » se forgea au fil de ses lectures et de ses visites de parcs, particulièrement en Angleterre, une esthétique toute personnelle qu’il consigna en 1834 dans ses Aperçus sur l’art du jardin paysager. D’une importance majeure dans l’histoire de ce style, cet ouvrage, affranchi de l’influence anglaise, contribua au rayonnement de son auteur auprès des princes Charles et Guillaume de Prusse (futur empereur) ainsi qu’au-delà des frontières allemandes — notamment en France, où son autorité en matière de jardins fut reconnue par Louis-Philippe et par Napoléon III.

Composé d’un exposé théorique et d’une description du parc de Muskau, pour lequel pendant trente ans, de 1815 à 1845, son créateur sacrifia sa fortune, il est ici donné à lire dans la traduction française anonyme parue en 1847 à Stuttgart dont un seul exemplaire est actuellement connu en France. Enrichi par ses éditeurs de trois textes permettant de mieux en saisir les enjeux, il est complété par l’ensemble des illustrations en couleur de l’album original, qui en font une oeuvre à lire autant qu’à regarder.

 

 

Extrait : « Un chemin commode destiné pour les voitures conduit, tout autour d’un vaste pleasure-ground, de la maison de bain (l l) aux bains minéraux (m m), au bain de boue et aux logements des baigneurs (n n) ; beaucoup de promenades pour les personnes qui préfèrent aller a pied traversent dans tous les sens les collines voisines. Outre que cette partie du parc est en général plus sauvage, on a eu soin, en lui donnant un caractère tout a fait opposé, de la mettre en contraste marquant avec les autres parties gracieuses que nous avons parcourues dans notre première excursion, et on s’est appliqué aussi a diriger la vue dans le lointain sur des objets nouveaux, ou du moins de faire voir dans une tout autre direction les objets déjà connus.

C’est sans doute ici que se plaira le mieux celui qui aime la nature dans toute sa liberté sauvage ; il trouvera sans peine dans l’épaisseur des forêts, dans les enfoncements, un lieu sombre et solitaire, où il pourra se livrer à ses pensées sérieuses ; les coups monotones des forges voisines de Keula, ou bien les coups plus sourds d’un grimpereau, viendront tout au plus le troubler dans ses rêveries ; peut-être encore éprouvera-t-il un sentiment de surprise, en voyant inopinément surgir la tête noire d’un mineur qui, semblable a un spectre, paraîtra un instant sur la terre pour s’y replonger et disparaître ensuite.

Le pleasure-ground lui-même a ici un tout autre caractère que celui qui avoisine le château. Un bain, un lieu consacré au public exigent d’ailleurs des dispositions tout autres que celles d’un lieu exclusivement destiné à l’usage d’un particulier. Il faut ici surtout des allées touffues, une grande quantité de bancs de repos agréables et vastes, de même qu’un choix de plantes qui fleurissent jusqu’à la fin de l’été, principale saison des bains. Un jardin fleuriste de peu d’étendue se trouve à droite de la maison des bains ; il est enclos par des pentes élevées et raides, et présente par lui-même un caractère si original que j’ai conçu le plan d’en faire une sorte de jardin oriental, et de construire sur les éminences des pavillons variés de forme et de couleur. Sa position isolée, son caractère naturel semblent en quelque sorte le destiner à ce but, et l’exécution de ce plan ne saurait à mon avis trouver une place plus convenable, d’autant plus que, dans un lieu destiné au public, il est permis de varier beaucoup plus le goût que dans des jardins de plaisance, qui exigent des nuances un peu plus prononcées. Cette partie du pleasure-ground présente déjà maintenant, et sans beaucoup de travail, quelque chose d’exotique. La planche XXXIII la représente achevée ; la planche XXXIV offre l’aspect de tout le bain ; la planche XXXV fait voir la perspective dont on jouit du salon de mousse, et la planche XXXVI, le jardin de la galerie où l’on prend les eaux (o o). C’est une petite place fermée de tous côtés, qui n’a d’autres ornements que des corbeilles de roses, et au fond un banc antique richement couvert d’hortensias. » (pages 120-121)

 

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