Nouveautés d'octobre 2014 : choix des libraires et extraits

Les favoris de Mélanie Mougin :

 

Caspar Henderson, L'Incroyable Bestiaire de Monsieur Henderson, traduit de l'anglais par Pierre Salina, 168 illustrations de Golbanou Moghaddas, Les Belles Lettres, relié sous jaquette, 440 pages, 29 €.

 

 

Foisonnant et original, aussi richement illustré que documenté, L’Incroyable Bestiaire de Monsieur Henderson invite le lecteur à un voyage fascinant au coeur du monde étrange des animaux presque imaginaires. De l’axolotl au zèbre marin, notre planète abrite quantité de créatures bien réelles qui n’ont rien à envier à celles, imaginaires, des grands bestiaires médiévaux. Des profondeurs des océans jusqu’aux zones les plus arides, Caspar Henderson nous fait rencontrer de surprenants animaux et saisir la beauté et l’étrangeté de nombreuses formes de vie.

 

Extrait : « Quetzalcoatlus, nommé en l’honneur du dieu du ciel et créateur mésoaméricain Quetzalcoat, ne sortit pas (pour mélanger les allusions divines) complètement formé de la tête de Zeus. Ses ancêtres ptérosauriens étaient déjà là depuis au moins 150 millions d’années lorsqu’il apparut. Deux fois plus de temps sépare ces premiers reptiles volants de Quetzalcoatlus que le temps qui nous sépare, nous, de Quetzalcoatlus. Mais on ne sait vraiment ni à quel moment ni de quoi sont sortis les premiers ptérosaures, car aucun fossile proto-ptérosaurien convaincant n’a encore été découvert. On a suggéré — ce qui est séduisant, mais hélas improbable — le Sharovipteryx, un petit lézard du Triasique ressemblant à un croisement entre une aile delta et un lézard en culotte bouffante, à cause des membranes tendues entre ses pattes arrière lui permettant de glisser de branche en branche. Un candidat plus plausible est une petite bête maigre, rapide à la course, appelée Scleromochlus, un ancêtre des ptérosaures et des dinosaures, mais qui ne dit rien de particulier sur la lignée unique des ptérosauriens. Ce qui est certain, c’est que les ptérosaures étaient l’un des quatre groupes d’animaux qui maitrisèrent le vol et les premiers vertébrés à le faire. Ils précédèrent sans doute le premier oiseau volant d’environ 45 millions d’années et la première chauve-souris de 150 millions d’années. » (p. 254-255)

 

« Ce volume très accessible plaira au lecteur passionné par la science, la mythologie, le folklore et la spéculation sur les questions de la condition humaine. » Library Journal

 

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Vatican, tous les chefs-d'oeuvre : la collection complète des maîtres anciens : peintures, fresques, sculptures, cartes, tapisseries et reliques, textes de Anja Grebe, introduction de Ross King, traduit en anglais par Richard Elliot, traduction et adaptation par Stéphanie Alkofer et Camille Fort, Flammarion, coll. Histoire de l’art, relié sous coffret, VIII-524 pages, 55 €.

 

 

Somme hors norme, Vatican, tous les chefs-d'œuvre réunit pour la première fois la collection complète des maîtres anciens des musées du Vatican, l'une des plus importantes collections d'art au monde, comptant entre autres des chefs-d'œuvre de Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël et Titien. Peintures, fresques, sculptures, cartes, tapisseries et reliques, Vatican, tous les chefs-d'œuvre, nous révèle plus de 1000 œuvres, toutes accompagnées d'une notice détaillée, mais aussi l'histoire de chaque musée.

 

Extrait : « Pour ne citer que l’exemple le plus marquant, le pape Jules II ne se contenta pas de charger Raphaël de la décoration des appartements pontificaux ou Michel-Ange des fresques du plafond de la chapelle Sixtine : c’est lui qui fonda les musées du Vatican, dont l’origine remonte à l’ensemble de statues antiques qu’il installa dans la cour du Belvédère. L’une des premières acquisitions du musée se trouva logiquement être celle de l’Apollon du Belvédère, statue antique redécouverte aux alentours des années 1480 et achetée par Jules alors qu’il n’était encore que cardinal. Dans un poème composé durant le pontificat de Jules par un dénommé Capodiferro, la statue prend vie et déclare que grâce au pape, la véritable demeure d’Apollon sera désormais le Vatican, et non Délos ou Delphes.

Capodiferro se livrait à un exercice de pure propagande en faveur de Jules. Mais ses mots ne sont pas dénués de vérité, et le Vatican est bel et bien devenu un sanctuaire pour les arts. Jules n’est que l’un des nombreux commanditaires éclairés d’œuvres qui ornent aujourd’hui les salles de la Pinacothèque ainsi que les murs et les plafonds de la chapelle Sixtine et des appartements du Vatican. Durant des siècles, papes, cardinaux et ordres religieux ont permis la réalisation de dizaines de chefs-d’œuvre. »

 

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Sydney Aufrère, Jean-Claude Golvin, L'Egypte restituée, Errance, coll. Errance Beaux livres, 3vol. sous coffret, 59 €.

 

 

De la Haute à la Basse Egypte en passant par le désert, les trois volumes réunis dans ce coffret invitent à la découverte des richesses architecturales de l'Egypte ancienne à travers des descriptions de sites archéologiques, accompagnées d'aquarelles restituant les ouvrages (temples, pyramides, etc.) tels qu'ils étaient à l'époque des pharaons.

 

Extrait : « Il nous a semblé nécessaire de concevoir une publication se fondant, d’une part sur une restitution graphique le plus proche possible de la réalité et, d’autre part, sur un texte synthétique qui puisse donner une idée essentielle de l’histoire des lieux. Cet ouvrage, tout en concourant à une découverte de ces sites, n’est pas conçu, à proprement parler, comme un guide ; il s’agit d’un condensé de l’histoire monumentale de l’Égypte ancienne susceptible d’intéresser tout aussi bien le lecteur curieux que l’étudiant voire ceux qui s’intéressent à l’histoire ancienne.

Les images proposées consistent en une reconstitution architecturale des grands sites d’Égypte à une époque donnée, celle pour laquelle on dispose du plus grand nombre d’éléments connus. Ce travail consiste à figurer toutes le parties du site conservées ou restituables à l’appui de documents scientifiques (assemblages de blocs épars) et à compléter l’image par ce qu’il est possible d’imaginer comme étant l’aspect du site considéré. Le but est ici de donner une vision complète des lieux et de traduire à notre sens l’aspect qu’ils devaient avoir. Le lecteur aura ainsi, pour la première fois, l’occasion d’acquérir une idée plus précise de l’organisation des espaces dans les monuments destinés à accueillir une vie complexe entièrement liée à ces grands centres économiques, intellectuels et religieux. » p.13, T.I.

 

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Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

Walter Mehring, La bibliothèque perdue : autobiographie d’une culture, traduit de l'allemand par Gilberte Marchegay, préface de Robert Minder, postface de Martin Dreyfus, Les Belles Lettres, coll. Le goût des idées, broché, 268 pages, 15 €.

 

 

Walter Mehring, fondateur du dadaïsme à Berlin, évoque l'importance de la bibliothèque paternelle, détruite en Allemagne par les nazis en 1938. En un récit touchant admirablement servi par une langue puissante et adepte de bons mots, il passe en revue tous les livres en explicitant le sens qu'il revêtait pour son père et lui.

 

Extrait : « Tous ces livres t’appartiendront lorsque je serai mort », disait-il chaque fois que je venais lui emprunter un volume.

Ils représentaient donc mon héritage, y compris ces lourds rayons occupés par les Grecs et par les Latins : Plutarque, Thucydide, Tacite, Suétone, que je considérais comme des sujets de dissertations, comme des exercices de déclinaisons et de conjugaisons, aggravés encore par les complications de l’aoriste. Comment, si jeune encore, aurais-je pu me douter que je serais témoin, moi aussi, de quelques crypties, perpétrées, comme elles le furent jadis à Lacédémone, par des individus en chemises rouges ; et que je rencontrerais effectivement les incendiaires évoqués par Tacite ? Où donc était-il écrit que les fils studieux d’une élite intellectuelle qui se rendait en pèlerinage aux festivals de Bayreuth, aux temples du rêve de Maeterlinck, qui se passionnait pour les dissonances de Richard Strauss, les discours vengeurs de Jean Jaurès, répétant les chants de Zarathoustra après Nietzsche, faisant siens les paradoxes d’Oscar Wilde, comment pouvais-je deviner que mes compagnons d’études se métamorphoseraient en soudards et brûleurs de sorcières ?" (p. 24)

 

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Carl Zimmer, Et l’âme devint chair : aux origines de la neurologie, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Renaut, Zones sensibles, broché, 340 pages, 26 illustrations, 22 €.

 

 

En 1664, le médecin anglais Thomas Willis, cofondateur de la prestigieuse Royal Society, publie à Londres son Cerebri anatome, un ouvrage enrichi de gravures magnifiques et minutieuses offrant au regard, pour la première fois dans l’histoire de la médecine occidentale, les ramifications des nerfs du cerveau humain. Et l’àme devint chair retrace, en un récit vivifiant où l’odeur du sang se fait presque sentir, « l’histoire fascinante de l’une des avancées scientifiques les plus radicales de l’histoire » (Steven Pinker).

 

Extrait : « L’équipe de Willis avait réalisé plus qu’une carte. Ils avaient, pour la première fois, créé une description unifiée du cerveau et des nerfs. L’étude du cerveau, jusque-là fantaisiste et truffée d’erreurs, devint une science rigoureuse et expérimentale, la neurologie. Conscient de sa contribution, un neuroscientifique du XXe siècle qualifia Willis de « Harvey du système nerveux ».

Le Cerebri Anatome est le premier traité d’une trilogie. Chaque volume fut pour Willis l’occasion d’écarter d’anciennes théories sur le fonctionnement du cerveau et d’en établir de nouvelles, dont un bon nombre dominent encore notre réflexion actuelle sur le cerveau. Seul un être aussi contradictoire que Willis pouvait se lancer dans une telle entreprise : Willis le médecin qui, ayant des compétences à la fois en anatomie et en alchimie, avait souscrit à la nouvelle philosophie mécaniste, mais aussi aux ferments mystiques de van Helmont ; Willis la figure respectable, devenue un personnage clé de la Restauration ; mais aussi le soldat du roi et de son père exécuté, et le professeur d’Oxford nommé par l’archevêque de Canterbury. » (p. 186-187)

 

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Jerry Brotton, Une histoire du monde en 12 cartes, traduit de l’anglais par Séverine Weiss, Flammarion, coll. Au fil de l’histoire, 543 pages, 27 €.

 

 

La carte n'est pas le territoire : malgré leurs visées scientifiques, les cartes sont toujours subjectives, et intimement liées au contexte dans lequel elles naissent. Les cartographes ne se contentent pas de représenter le monde : ils le construisent, à partir des idées de leur époque et de leur culture. Telle est la thèse de Jerry Brotton, et le point de départ de cet extraordinaire voyage à travers le temps et l'espace. En observant à la loupe douze cartes du monde, il ouvre autant de fenêtres sur des civilisations aussi différentes que la Grèce antique et la Corée du XVe siècle, l'Europe des grandes découvertes et celle de la Révolution française, jusqu'au monde globalisé d'aujourd'hui, placé sous l'oeil de Google Earth.

 

Extrait : « Quelle place occupe l’observateur d’une carte du monde ? C’est là un problème avec lequel les géographes se débattent depuis des siècles. A la Renaissance, l’une des solutions consistait à comparer l’observateur de la carte à un spectateur de théâtre. En 1570, le cartographe flamand Abraham Ortelius publia un ouvrage contenant des cartes du monde et de ses provinces, qu’il intitula Theatrum orbis terrarum – le « Théâtre du Monde ». Ortelius reprenait là la définition grecque du théâtre, à savoir « le lieu d’où l’on assiste à un spectacle ». Comme dans un théâtre, les cartes qui se déploient sous nos yeux nous offrent une version pétrie d’imaginaire d’une réalité que nous croyons connaître : mais, ce faisant, elles la transforment en quelque chose de radicalement autre. Pour Ortelius, comme pour beaucoup d’autres cartographes de la Renaissance, la géographie est l’ « œil de l’histoire », un véritable théâtre de la mémoire, car, ainsi qu’il le formule :

« Semblablement en lisant du voyage que fit saint Paul de la ville de Jérusalem vers Rome, si le lecteur entend par le moyen de la carte, […] non seulement il entendra ledit voyage tant mieux, mais aussi le retiendra plus longtemps en sa mémoire, et le pourra raconter de paroles, l’expliquer et le faire entendre aux autres avec plus de grâce. »

 

 

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