Annie et Maurice Sartre, Zénobie : de Palmyre à Rome, Extrait

Annie et Maurice Sartre, Zénobie : de Palmyre à Rome, Perrin, coll. Biographies, broché, 400 pages, 23.50 €.

 

Au même titre que Cléopâtre, Zénobie reste un mystère dont le mythe a fait la renommée. Cette biographie d’Annie et Maurice Sartre, respectivement professeur émérite d’histoire ancienne à l’université d’Artois et professeur émérite d’histoire ancienne de l’université de Tours, revient sur la vie, l'entourage et les domaines de compétences, politique et culturel, de l'impératrice orientale.

 

Extrait : « L’empereur Aurélien, qui n’a cessé de guerroyer depuis quatre ans sur tous les fronts depuis son accession à l’Empire, célèbre en 274 un somptueux triomphe à Rome. Évènement considérable, et bien digne de rester gravé dans les mémoires. L’auteur anonyme de l’Histoire Auguste en donne une description très détaillée et imagée qui, véridique ou non, ne peut qu’impressionner le lecteur :

« Il y avait trois chars royaux : le premier celui d’Odenath, était d’un beau travail et rehaussé d’argent, d’or et de pierreries ; le second, que le roi des Perses avait offert à Aurélien, était de facture tout aussi ouvragée ; le troisième était celui que Zénobie s’était fait fabriquer avec l’espoir de l’utiliser pour voir la ville de Rome. Cet espoir ne fut pas déçu puisqu’elle fit son entrée dans la ville, mais vaincue et traînée en triomphe. Il y avait un autre char tiré par quatre cerfs, qui passe pour avoir appartenu au roi des Goths. C’est sur ce dernier, comme beaucoup d’auteurs l’ont rapporté, qu’Aurélien monta au Capitole pour y immoler les cerfs qu’il avait, dit-on, voués à Jupiter Très Bon Très Grand lorsqu’il les avait capturés en même temps que le char. Ouvraient la marche vingt éléphants, des fauves de Lybie apprivoisés et deux cents animaux variés de Palestine, dont Aurélien fit aussitôt présent à des particuliers pour ne pas alourdir le fisc du coût de leur entretien ; suivaient, rangés par espèces, quatre tigres, des girafes, des élans et autres bêtes du même genre ; huit cent paires de gladiateurs, sans parler des prisonniers originaires des pays barbares : Blemmyes, Axoumites, gens de l’Arabie Heureuse, Indiens, Bactriens, Ibères, Sarrasins et Perses portant chacun leurs présents, Goths, Alains, Sarmates, Francs, Suèves, Vandales, Germains, les mains liées puisqu’ils étaient prisonniers.

 

Dans ce groupe de tête figuraient également des notables de Palmyre qui avaient survécu et des Égyptiens pour les punir de leur rébellion. On fit également défiler dix femmes qu’Aurélien avait capturées, tandis qu’elles combattaient, en vêtements d’homme, au milieu des Goths. Beaucoup d’autres avaient été tuées. Une pancarte les présentait comme des descendantes des Amazones : on portait en effet devant les prisonniers des pancartes indiquant le nom de la peuplade à laquelle ils appartenaient. Au milieu du cortège figurait Tetricus, revêtu d’une chlamyde écarlate, d’une tunique jaune et de braies gauloises, et flanqué de son fils qu’il avait proclamé empereur en Gaule. Puis s’avançait Zénobie, parée de joyaux et chargée de chaînes d’or don d’autres soutenaient le poids. »

 

Dans cette liste de prisonniers, une femme couverte de bijoux et de pierreries, Zénobie, clôt le défilé, comme le clou du spectacle, trophée éblouissant que l’auteur de l’Histoire Auguste ne peut s’empêcher de développer ailleurs : « au milieu d’un faste tel que le peuple romain n’avait jamais rien vu de plus somptueux : elle était d’abord parée de pierreries si énormes qu’elle croulait sous le poids de ses joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s’arrêter très fréquemment, en dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau de ses pierreries. Elle avait d’autre part des entraves d’or aux pieds ainsi que des chaînes d’or aux mains ; même son cou était ceint d’un lien d’or que soutenait un bouffon perse. » (p. 15-16)

 

Hebert Schmalz, La Reize Zénobie. Dernier regard sur Palmyre (1890)

Hebert Schmalz, La Reize Zénobie. Dernier regard sur Palmyre (1890)

Retour à l'accueil