André Vauchez, Les hérétiques au Moyen Âge. Extrait.

André Vauchez, Les hérétiques au Moyen Âge. Suppôts de Satan ou chrétiens dissidents ?, Cnrs éditions, coll. Histoire, broché, 380 pages, 25 €.

« Mais la cause principale de l’efficacité de l’Inquisition réside sans doute dans la procédure qui lui a donné son nom, qui peut se définir comme une poursuite d’office, menée à l’initiative de l’inquisiteur contre des suspects qui ne bénéficiaient pas des garanties habituelles accordées aux accusés pour leur défense. Le secret était en effet de règle à toutes les étapes de la procédure et les accusés ignoraient sur la base de quelles dénonciations ils avaient été inculpés et de quelles preuves les accusateurs disposaient contre eux. Aussi ceux qui étaient cités à comparaître devant le tribunal de l’inquisiteur et n’avaient pas la conscience tranquille préféraient-ils prendre la fuite et essayer de gagner des régions refuges, comme Montségur, dans le comté de Foix, - avant sa prise et destruction en 1244 -, le nord de la Catalogne ou les villes de Lombardie où, vers 1250, se trouvaient environ 150 Parfaits languedociens. Mais, ce faisant, ils devenaient ipso facto des « faydits » sur lesquels pesait une forte présomption de culpabilité et, s’ils revenaient dans leurs régions d’origine et s’y faisaient prendre, ils avaient bien peu de chance d’échapper à une condamnation. En cas de procès, la sanction dépendait à la fois du degré d’engagement de l’accusé dans l’hérésie – les Parfaits cathares étaient en principe plus sévèrement châtiés que les simples croyants – mais aussi de son comportement pendant le procès : s’il acceptait de collaborer et dénonçait les membres de la secte avec lesquels ils avaient été en relation, il pouvait espérer sauver sa tête ou même bénéficier d’une certaine indulgence. Car tout le système reposait sur la délation et l’une des premières choses que l’inquisiteur rappelait à l’accusé, au début de l’interrogatoire, était l’obligation morale qu’il avait de révéler l’identité de ses complices.

Nous connaissons assez bien la façon dont se déroulaient ces interrogatoires, à la fois grâce aux divers manuels qui furent composés à partir des années 1240 à l’usage des inquisiteurs, et à travers les procès-verbaux de l’Inquisition, postérieurs pour la plupart à 1250. Ces sources éclairent bien le double objectif de la procédure inquisitoriale, qui visait à la fois à combattre le péril social que représentait l’hérésie, en mettant en évidence l’existence de réseaux plus ou moins clandestins, et à assurer le salut personnel de l’hérétique en obtenant sa rétractation et sa conversion. » p.72-73.

 

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Du même auteur :

André Vauchez, La sainteté en Occident aux derniers siècles du Moyen Âge (1198-1431). Recherches sur les mentalités religieuses médiévales, École française de Rome, coll. Classiques de l'École Française de Rome, broché, 783 pages, 20.00€.

 

 

Sur le même thème :

Bernard Gui, Manuel de l'inquisiteur, édition et traduction de G. Mollat avec la collaboration de G. Drioux, Les Belles Lettres, coll. Classiques de l'histoire au Moyen Âge, broché, 2e tirage, 2012, 39 €.

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