Robert Turcan, L'archéologie dans l'Antiquité. Extrait

Robert Turcan, L’archéologie dans l’Antiquité. Tourisme, lucre et découvertes, Les Belles Lettres, broché, 228 pages, 25 €.

 

« Si l’on en croit Suétone (Ner., 31,7), les folles dépenses de Néron pour l’aménagement de sa « Maison Dorée » furent encouragées par l’espoir de trouver les énormes richesses du trésor royal emporté par Didon, quand elle s’enfuit de Tyr. D’après Tacite,  (Ann. XVI, 1, 1), tout est parti en 65 d’un rêve que le Carthaginois Caesellius Bassus, un homme d’esprit trouble, aurait fait, prenant pour argent comptant ses imaginations nocturnes. Ce chevalier romain (Suet., loc. sit. : ex indicio equitis Romani) « achète une audience » au palais impérial et déclare à Néron qu’il a « découvert dans son terrain » (rudi et antiquo pondere) : « une jonchée de lingots très lourds, des piliers d’or dressés…(Tac., Ann., XVI, 1, 2). Providentiellement, en quelque manière, ce trésor caché depuis si longtemps était destiné, selon Caesellius, à accroître les biens du présent règne. […]

Emballé par cette prétendue révélation, l’empereur envoie chercher sans plus attendre le « butin » (praedam) espéré et qu’il croit tout prêt à être embarqué. On met à la disposition du rêveur des trirèmes, « une chiourme de choix ». Ainsi se confirmait l’ère d‘un nouveau siècle d’or qu’avait célébré Sénèque dans l’Apocoloquintose (4, 9). « Ce n’étaient pas seulement les moissons ordinaires qu’on voyait lever, ni l’or mêlé au minerai. La terre apparaissait douée d’une fécondité nouvelle et les dieux offraient des trésors à portée de la main… » (Tac., Ann., XVI, 2, 4). Cette euphorie suscita une frappe d’or massive et stimula peut-être la prospection de gisements aurifère en Afrique et ailleurs. Mais finalement, à Carthage comme à Rome, la déception fut à la mesure des illusions perdues. Caesellius fouilla son champ et tous ceux d’alentour. Il avait à son service non seulement des soldats (ceux de la garnison en poste dans la ville), mais des paysans enrôlés pour l’occasion, cherchant ici et là, mais en vain, la « caverne promise » (ibid., 3, 2). Il s’entêtait néanmoins : « ses rêves ne l’avaient jamais trompé jusqu’alors ! » De honte, il se donna la mort. Mais certains racontaient qu’on le mit en prison, puis qu’on le relâcha, en confisquant ses biens (ibid., 3). » p.101-102.

 

COMMANDER CE LIVRE

 

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil