Pascal Boulhol, Grec langaige n’est pas doulz au François. Extrait.

Pascal Boulhol, Grec langaige n’est pas doulz au François. Étude et enseignement du grec dans la France ancienne, Presses universitaires de Provence, coll. Héritages méditerranéens, broché, 426 pages, 36 €.

 

Une étude sur la survivance du grec classique dans la France médiévale : oubliée par les Mérovingiens, la langue de référence de l'Antiquité est redécouverte au XIIe siècle et connaît un certain regain avant de susciter l'intérêt des lettrés à la fin du XVe siècle.

 

« De fait, la connaissance du grec est encore, dans la première moitié du XIIe siècle, chose des plus rares hors de l’Italie et du royaume anglo-normand. Paris, capitale septentrionale du savoir à cette époque, attire les plus grands esprits du temps, la théologie y fleurit, on y enseigne le trivium et le quadrivium, mais la langue d’Homère y demeure largement ignorée. Même un savant comme Pierre Comestor (ca. 110-1179), quand il prétend traduire le verset 12 du Psaume 73 [LXX] […], inscrit sur une mosaïque de la nouvelle église du Saint-Sépulcre depuis peu édifiée par les Croisés à Jérusalem, ne fait que trahir, sous un vernis lexical d’ailleurs largement emprunté à la Vulgate, son incapacité à décomposer une phrase simple, et, partant, son ignorance de la structure du grec biblique. On n’eût guère trouvé plus de science, à la génération précédente, chez un Pierre Abélard (1079-1142). Néanmoins celui-ci, dans une lettre qu’il aurait écrite entre 1132 et 1135, préconisait de faire apprendre le grec, conjointement à l’hébreu et au latin, aux moniales du Paraclet, lesquelles, à l’en croire, avaient en Héloïse une abbesse versée dans les trois langues. Une telle affirmation – à supposer que la correspondance soit  authentique -, manque de vraisemblance d’autant plus qu’Abélard lui-même, au mieux, n’avait qu’une très vague teinture d’hellénisme.

Même si un désir sincère d’apprendre le grec était venu à des Français de cette époque, il se fût aussitôt heurté à la pénurie de la matière première, je veux dire au manque de livres. Combien de manuscrit grecs trouvait-on à la fin du XIIe siècle, sur le territoire du Royaume France ? Moins de vingt apparemment […]. » p.82-83.

 

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Sur le même sujet : Jean-Christophe Saladin, La bataille du grec à la Renaissance, Les Belles Lettres, collection Histoire, broché, 546 pages, 45 €. 

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