Michel Zink, Roman rose et rose rouge, extrait.

Michel Zink, Roman rose et rose rouge, Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole de Jean Renart, Les Belles Lettres, coll. Les Belles Lettres/Essais, broché, 146 pages, 19€.

 

Ce livre est un essai sur le Roman de la Rose de Jean Renart, roman atypique et sophistiqué du début du XIIIe siècle, généralement désigné aujourd'hui sous le nom de Roman de Guillaume de Dole, du nom de son héros, pour le distinguer du célèbre Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meun.
Dans ce dernier, la rose est la métaphore de la jeune fille aimée et de sa virginité. Dans le Roman de la Rose de Jean Renart, la rose, bien réelle, est une marque de naissance sur la cuisse de l’héroïne.

 

« Si la création littéraire est un rêve éveillé, c’est un rêve contrarié. Chacun trouve un intérêt sans cesse renouvelé à se figurer la satisfaction sans obstacle de ses désirs ; l’accumulation infaillible de succès ne lui paraît alors ni monotone ne lassante. Au contraire, la littérature tire sa matière de la résistance au désir dont elle se fait l’expression, elle se fonde sur les obstacles qu’elle lui invente ; c’est à travers eux, et non directement, que le lecteur s’attache à ce désir, se l’approprie, s’identifie à lui. Les livres entièrement noirs sont nombreux, tandis qu’il n’existe nulle part de livre entièrement rose. Le titre le plus célèbre de la Bibliothèque Rose est Les malheurs de Sophie. En effet, le rêve éveillé, dans lequel tous les désirs se réalisent en imagination, n’existe pas seul, mais il est inséré dans la vie du rêveur, à laquelle il emprunte ses éléments et dont la sombre réalité le contredit et le ternit sans cesse en lui rappelant qu’il est un rêve. Mais l’œuvre littéraire est isolée dans le monde des mots, coupée, dès lors qu’elle est écrite, de la subjectivité de son auteur, et, si elle n’intègre pas les ombres rebelles au désir, rien ne la rattachera au réel, aucun signe en elle ne rappellera qu’elle prétend entretenir avec lui un rapport d’imitation ou de déformation. Or le plaisir qu’elle procure avant tout est d’être tout autre chose que lui et de lui ressembler. Et il faut encore ajouter, pour en finir avec ces banalités, que le contraste entre le jeu littéraire et la réalité n’est pas entre le contenu de la littérature et la vie, mais entre l’activité littéraire, écriture ou lecture, et le reste des activités réelles. À quoi reconnaître que les mots du livre ressemblent à la vie ? En particulier, à ce qu’ils font semblant de n’être pas totalement malléables, à ce qu’ils font comme s’ils éaient résistants au désir.

            Le livre rose n’existe pas mais il existe presque. C’est, exemple emblématique, le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole de Jean Renart, roman rose à l’exception de la rose qui est l’objet de la seule péripétie douloureuse de son déroulement, et qui est rouge. » p.11-12.

 

COMMANDER CE LIVRE

 

Retour à l'accueil