Du grand incendie de Rome lui-même, qui se déclara dans la nuit du 18 au 19 juillet 64, se prolongea durant six jours et détruisit selon certaines sources jusqu’aux deux tiers de la cité, ne subsistent que des « témoignages » secondaires, tels ceux de Tacite, Suétone et Dion Cassius. Malgré leurs parti-pris, notamment à propos de l’identité des coupables (Néron, les Chrétiens) et des affirmations manquant comme de coutume de nuances, leurs récits, en plus d’être écrits en une langue souvent remarquable, rendent raisonnablement compte de l’effroyable tragédie humaine et monumentale qui frappa la Ville éternelle tout autant que l’imagination des anciens. 

 

 

 

Extrait n°1 : « Le feu prit d’abord dans la partie du cirque contigüe aux monts Palatin et Caelius ; là, grâce aux boutiques remplies de marchandises qui alimentent la flamme, violent dès sa naissance et poussé par le vent, il dévora toute la longueur du cirque, car il n’y avait ni demeures entourées de fortes clôtures, ni temples ceints de murs, rien enfin qui pût ralentir sa marche. Dans son élan, l’incendie parcourut d’abord les parties planes, puis s’élança vers les hauteurs, et, de nouveau, ravagea les quartiers bas, devançant les remèdes par la rapidité du mal et trouvant une proie facile dans la Ville aux ruelles étroites et tortueuses, aux immeubles mal alignés, telle que fut la Rome d’autrefois.

De plus, les lamentations des femmes épouvantées, la débilité de l’âge ou l’inexpérience de l’enfance, ceux qui songeaient soit à eux-mêmes soit à autrui, en traînant les faibles ou en les attendant, les uns par leur retard, les autres par leur précipitation, bloquaient tout. Et souvent, en regardant derrière soi, on était assailli sur les côtés ou par-devant ; ou bien, si l’on avait réussi à s’échapper dans les quartiers voisins, ils devenaient aussi la proie des flammes, et ceux mêmes qu’on avait crus éloignés, on les trouvait dans le même état.

Enfin, ne sachant plus ce qu’il fallait éviter ou rechercher, on se met à remplir les rues, à s’étendre à travers champs ; certains, ayant perdu toute leur fortune, de quoi subvenir même aux besoins du jour, d’autres, par tendresse pour ceux des leurs qu’ils n’avaient pu arracher aux flammes, négligeant le chemin du salut, succombèrent. Et personne n’osait combattre l’incendie, devant les menaces réitérées de ceux qui, en grand nombre, défendaient de l’éteindre, et parce que d’autres lançaient ouvertement des torches, en s’écriant qu’on les y incitait, soit pour exercer leurs rapines avec plus de licence, soient qu’ils aient agi par ordre. »

Tacite, Annales, 15, 38, 2-7 in Tacite, Annales Tome IV, Livres XIII-XVI, texte établi et traduit par Pierre Wuilleumier, Les Belles Lettres, coll. C.U.F. série latine, 1978 (2e édition ; 6e tirage, 2010), XVIII-261 pages, 47,70 €.


 

 

Extrait n°2 : « Beaucoup de maisons furent détruites faute de secours, beaucoup aussi furent incendiées par ceux mêmes qui venaient porter de l’aide ; car les soldats, et, entre autres, les vigiles, ne songeant qu’au pillage, au lieu d’éteindre le feu, l’excitaient au contraire.

On n’avait d’autre spectacle que celui d’un immense brasier, comme dans un camp. On n’entendait répéter que ces mots :

  • Le feu est ici, le feu est là ! Comment ? Quel est l’auteur ? Au secours !

C’étaient des clameurs et des hurlements incessants d’enfants, d’hommes, de vieillards, au point que la fumée et les cris empêchaient de rien distinguer et de rien comprendre ; aussi pouvait-on voir des personnes demeurées immobiles, sans voix, comme frappées de stupeur. »

Dion Cassius, Histoire romaine, 62, 16-17 in La véritable histoire de Néron, textes réunis et présentés par Alain Rodier, Les Belles Lettres, coll. La véritable histoire, 2013, broché, 235 pages, 13,50 €.

 

 

 

Extrait n°3 : « Le fléau se déchaîna pendant six jours et sept nuits, obligeant le peuple à chercher un gîte dans les monuments publics et les tombeaux. Alors, outre un nombre infini de maisons de rapport, les flammes dévorèrent les habitations des généraux d’autrefois, encore parées des dépouilles ennemies, les temples des dieux, voués et consacrés par les rois, puis lors des guerres contre Carthage et contre les Gaulois, enfin tous les monuments curieux et mémorables qui restaient du passé. »

Suétone, Vie de Néron, 38, 4-5 in Suétone, Vies des douze Césars, Tome II, texte établi et traduit par Henri Ailloud , Les Belles Lettres, coll. C.U.F. série latine, 1931 (10e tirage : 2010), 418 pages, 35,50 €.

 

Pour aller plus loin :

 

 

Catherine Salles, Et Rome brûla, Larousse, 2009, broché, 255 pages, 18,25 €.

 

 

 

Miriam T. Griffin, Néron ou la fin d’une dynastie, traduit de l'anglais par Alexis d'Hautcourt, Infolio, coll. Memoria, 2002, broché, 367 pages, 28,90 €.

 

18-19 juillet 64 : Le grand incendie de Rome, Extraits
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