Histoire Auguste. Tome III, 2e partie: Vie d'Alexandre Sévère , introduction, édition critique, traduction, commentaire par Cécile Bertrand-Dagenbach, apparat critique par Agnès Molinier-Arbo et Cécile Bertrand-Dagenbach, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, série latine, broché, XCVIII - 350 pages, 55.00€.

 

 

La publication de l’édition critique de l’Histoire auguste se poursuit avec la Vie d’Alexandre Sévère. Empereur doté de toutes les vertus d’un bon gouvernant, à l’opposé de son prédécesseur Héliogabale, le jeune Alexandre Sévère, né en 210 et empereur de 222 à 235, apparaît surtout comme le protecteur de tous les cultes. Ce n’est pas comme le témoignage de la vie d’un empereur du IIIe siècle qu’il convient de lire cette biographie, mais comme la projection sur un empereur du passé des vœux d’un groupe social, l’aristocratie restée fidèle aux anciens cultes et aux valeurs romaines, exigeant du bon prince qu’il fasse régner la paix par sa politique intérieure tout en poursuivant la politique de conquête de Rome, menant une vie privée au-dessus de tout reproche et pratiquant le syncrétisme qui fut toujours cher à la république et à l’empire romains.

 

Extrait : « LIII. Afin que l’on puisse se rendre compte de sa sévérité, j’ai pensé devoir insérer une harangue aux soldats qui montre bien son comportement à l’égard de l’armée. Il était arrivé à Antioche où on lui avait appris que des soldats se donnaient du bon temps aux bains, avec des femmes et dans les raffinements du plaisir. Il les fit tous arrêter et mettre aux fers. Quand la nouvelle se répandit, la légion dont faisaient partie les prisonniers se mutina. Il monta alors à la tribune après y avoir fait amener tous les prisonniers enchaînés et, entourés par les soldats, qui plus est en armes, il commença ainsi : « Compagnons d’armes, si les actes commis par vos camarades vous déplaisent malgré tout, c’est que la discipline des Anciens maintient encore l’État ; mais si elle vient à disparaître, nous perdrons à la fois le nom de Romains et l’empire. Il ne faut pas en effet que se commettent sous mon règne les actes qui furent commis récemment sous celui de la bête immonde. Des soldats romains, vos camarades, mes compagnons de tente et d’armes, font l’amour, boivent, se baignent à la manière grecque et s’adonnent à la débauche. Et je supporterais cela plus longtemps ? Et je ne les livrerais pas à la peine capitale ? ».  Un grand tumulte succéda à ces paroles. Il poursuivit : « Pourquoi ne retenez vous pas ces cris dont vous avez besoin pour faire la guerre à l’ennemi et non à votre empereur ? Vos instructeurs vous ont sûrement appris à pousser des cris contre les Sarmates, les Germains et les Perses, et non contre celui qui vous donne la nourriture perçue des provinciaux, un vêtement et une solde. Gardez donc cris et menaces, nécessaires à l’exercice et aux champs de bataille, si vous ne voulez pas que je vous congédie tous aujourd’hui d’un seul mot et d’une seule parole : ‘Quirites’, et encore je ne sais pas quels Quirites vous ferez ! Car vous n’êtes même pas dignes de faire partie de la plèbe de Rome, si vous ne respectez pas les lois de Rome.»

 

LIV. Et, comme les cris se faisaient de plus en plus forts et qu’ils le menaçaient de leurs armes, il reprit : « Baissez ces bras que vous devriez lever contre l’ennemi, si vous aviez du courage, car ces gesticulations ne me font pas peur.  S i vous tuez un homme seul, ni l’État ni le Sénat ni le peuple romain ne se priveront de me venger de vous ». Comme les cris ne diminuaient en rien, il s’exclama : « Quirites, allez vous-en et déposez vos armes ». Ce fut alors un spectacle étonnant : ils déposèrent leurs armes et aussi leur uniforme, et ils s’en allèrent, non en direction du camp, mais dans diverses auberges. A lors, pour la première fois, on mesura pleinement le pouvoir de sa sévérité. Enfin, ses gardes du corps et son escorte reportèrent les enseignes au camp, tandis que le peuple ramassait les armes pour les porter au palais. Il consentit toutefois à rétablir trente jours plus tard, avant de partir en expédition contre les Perses, cette légion qu’il avait congédiée et dont l’action au combat fut un facteur décisif de la victoire. Il fit néanmoins exécuter ses tribuns, parce que leur négligence avait permis aux soldats de se laisser aller à la débauche à Daphné et que leur connivence avait poussé l’armée à se mutiner.

 

LV.  Il partit donc en grand appareil pour la Perse et vainquit le tout-puissant roi Artaxerxès ; il contrôlait en personne les ailes de l’armée, exhortait les soldats, s’exposait aux traits des ennemis, accomplissait de sa main de multiples exploits et amenait par ses paroles chaque soldat à rechercher la gloire. Enfin, après avoir mis en déroute et en fuite un si grand roi venu faire la guerre avec sept cents éléphants, mille huit cents chars à faux et plusieurs milliers de cavaliers, il retourna aussitôt à Antioche et enrichit son armée du butin pris aux Perses ; il autorisa en outre les tribuns, les généraux et même les soldats à garder pour eux tout ce qu’ils avaient pillé en traversant les villages. Pour la première fois alors, il y eut des esclaves perses chez les Romains. Toutefois, comme les rois perses vivent comme un déshonneur l’esclavage d’un de leurs sujets en quelque lieu que ce soit, il les restitua contre rançon et versa cette rançon à ceux qui avaient capturé les esclaves ou au trésor public.

 

LVI. Il rentra ensuite à Rome et y célébra un magnifique triomphe. Puis, il prononça un premier discours devant le Sénat.  Extrait des actes du Sénat, le 25 septembre : « Pères conscrits, nous avons vaincu les Perses. Point n’est besoin d’un long discours. Il faut seulement que vous sachiez quelles furent leurs armes, quel fut leur équipage. Tout d’abord, sept cents éléphants portant une tour avec des archers et leur charge de flèches. Nous en avons capturé trente, deux cents gisent morts, nous en avons ramené dix-huit. Il y avait mille huit cents chars à faux. Nous aurions pu en ramener deux cents, dont l’attelage a été tué, mais nous y avons renoncé parce que cet armement se prête à la contrefaçon.  Nous avons dispersé cent vingt mille de leurs cavaliers, les cataphractaires, qu’ils appellent clibanaires, nous en avons tué dix mille au combat et nous avons équipé les nôtres de leurs armes. Nous avons capturé un grand nombre de Perses et nous les avons vendus. Nous avons récupéré les terres situées entre les deux fleuves, celles que la bête impure avait abandonnées. Nous avons dérouté et mis en fuite Artaxerxès, roi tout-puissant par son titre et par son pouvoir : la terre des Perses l’a vu fuir et, par le chemin où furent jadis emportées nos enseignes, le roi en personne s’est enfui en abandonnant les siennes394. Sénateurs, voici les faits. Pas besoin de discours : nos soldats reviennent riches, aucun dans la victoire ne ressent la fatigue. À vous de décréter une cérémonie d’action de grâces395, afin que les dieux ne nous trouvent pas ingrats. »  (p. 43-46)

 

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Histoire auguste, Tome III 2e partie : Vie d'Alexandre Sévère, extrait
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